ACTE II, SCÈNE XI
«Et que, si quelque chose étouffe sa poursuite,
«C’est le juste respect qu’il a pour mon mérite.»
Ce sont ses propres mots; et, loin de le blâmer,
Je le trouve honnête homme, et le plains de t’aimer. Ses feux ne trompent point ma secrète croyance,
Et toujours ses regards m’en ont dit l’innocence.
Que dis-tu?
Isabelle. Qu’il m’est dur que vous plaigniez si fort Un homme que je hais à l’égal de la mort;
Et que, si vous m’aimiez autant que vous le dites.
Vous sentiriez l’affront que me font ses poursuites.
Mais il ne savoit pas tes inclinations;
Et, par l’honnêteté de ses intentions,
Son amour ne mérite...
Isabelle. Est-ce les avoir bonnes, Dites-moi, de vouloir enlever les personnes?
Est-ce être homme d’honneur de former des desseins Pour m’épouser de force en m’ôtant de vos mains? Comme si j’étois lille à supporter la vie Après qu’on m’auroit fait une telle infamie?
Comment?
sabelle. Oui, oui; j’ai su que ce traître d’amant Parle de m’obtenir par un enlèvement;
Et j’ignore, pour moi, les pratiques secrètes Qui l’ont instruit sitôt du dessein que vous faites De me donner la main dans huit jours au plus tard, Puisque ce n’est que d’hier que vous m’en fîtes part; Mais il veut prévenir, dit-on, cette journée Qui doit à votre sort unir ma destinée.
Voilà qui ne vaut rien.
Isabelle. Oh! que pardonnez-moi!
C’est un fort honnête homme, et qui ne sent pour moi.. U a tort; et ceci passe la raillerie.
Allez, votre douceur entretient sa folie;
S’il vous eût vu tantôt lui parler vertement,
U craindroit vos transports et mon ressentiment,
Car c’est encor depuis sa lettre méprisée Qu’il a dit ce dessein qui m’a scandalisée;
Et son amour conserve, ainsi que je l'ai su,
La croyance qu’il est dans mon cœur bien reçu,
Que je fuis votre hymen, quoi que le monde en croie, Et me verrois tirer de vos mains avec joie.
Il est fou.
352 L'ÉCOLE DES MARIS
is \belle. Devant vous il sait se déguiser,
Et son intention est de vous amuser.
Croyez par ces beaux mots que le traître vous joue. Te suis bien malheureuse, il faut que je l’avoue, Qu’avecque tous mes soins pour vivre dans l’honneur Et rebuter les vœux d’un lâche suborneur,
Il faille être exposée aux fâcheuses surprises De voir faire sur moi d’infâmes entreprises! sganarei.le. Va , ne redoute rien.
Isabelle. Pour moi, je vous le di,
Si vous n’éclatez fort contre un trait si hardi,
Et ne trouvez bientôt moyen de me défaire Des persécutions d’un pareil téméraire, .l’abandonnerai tout, et renonce à l’ennui De souffrir les affronts que je reçois de lui. so anar elle. Ne t’afflige point tant; va, ma petite femme,