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SCÈNE PREMIÈRE

ÉRASTE, LA MONTAGNE

éraste. Il est vrai, d’un côté, mes soins ont réussi,

Cet adorable objet enfin s’est adouci;

Mais, d’un autre, on m’accable, et les astres sévères Ont contre mon amour redoublé leurs colères.

Oui, Damis son tuteur, mon plus rude fâcheux,

Tout de nouveau s’oppose au plus doux de mes vœux, A son aimable nièce a défendu ma vue,

Et veut d’un autre époux la voir demain pourvue. Orphise toutefois, malgré son désaveu,

Daigne accorder ce soir une grâce à mon feu ;

Et j’ai fait consentir l’esprit de cette belle A souffrir qu’en secret je la visse chez elle.

L’amour aime surtout les secrètes faveurs.

Dans l’obstacle qu’on force il trouve des douceurs;

Et le moindre entretien de la beauté qu’on aime. Lorsqu’il est défendu, devient grâce suprême.

Je vais au rendez-vous; c’en est l’heure à peu près. Puis je veux m’y trouver plutôt avant qu’après. la montagne. Suivrai-je vos pas?

éraste. Non. Je craindrois que peut-être A quelques yeux suspects tu me fisses connoître.

LA MONTAGNE. Mais...

éraste. Je ne le veux pas.

la montagne. Je dois suivre vos lois :

Mais au moins si de loin...

éraste. Te tairas-tu, vingt fois?

Et ne veux-tu jamais quitter cette méthode,

De te rendre à toute heure un valet incommode?

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