‹ ŒuvresChapitre 334 sur 629 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

De tout temps votre langue a daubé d’importance, Qu’on vous a vu contre eux un diable déchaîné,

Vous devez marcher droit pour n’etre point berné; Et, s’il faut que sur vous on ait la moindre prise,

Gare qu’aux carrefours on ne vous tympanise,

Et...

arnolphe. Mon dieu! notre ami, ne vous tourmentez point. Bien huppé qui pourra m’attraper sur ce point.

Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont pour nous eu planter savent user les femmes,

Et comme on est dupé par leurs dextérités.

Contre cet accident j’ai pris mes sûretés;

Et celle que j’épouse a toute l’innocence Qui peut sauver mon front de maligne influence. chuysalde. Et que prétendez-vous qu’une sotte en un mot... arnolphe. Épouser une sotte est pour n’étre point sot.

Je crois, en bon chrétien, votre moitié fort sage;

Mais une femme habile est un mauvais présage;

Et je sais ce qu’il coûte à de certaines gens Pour avoir pris les leurs avec trop de talents.

Moi, j’irois me charger d’une spirituelle Qui ne parleroit rien que cercle et que ruelle ;

Qui de prose et de vers feroit de doux écrits,

Et que visiteroient marquis et beaux-esprits,

Taudis que, sous le nom du mari de madame,

Je serois comme un saint que pas un ne réclame! Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut; Et femme qui compose en sait plus qu’il ne faut.

Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime, Même ne sache pas ce que c’est qu’une rime;

Et, s’il faut qu’avec elle on joue au corbillon,

Et qu’on viénne à lui dire à son tour : Qu’v met-on? Je veux qu’elle réponde: Une tarte à la crème;

En un mot, qu’elle soit d'une ignorance extrême;

Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler,

De savoir prier Dieu, m’aimer, coudre, et (lier. chrysalde. Une femme stupide est donc votre marotte? arnolphe. Tant, que j’aimerois mieux une laide bien sotte Qu’une femme fort belle avec beaucoup d’esprit. chrysalde. L’esprit et la beauté...

arnolphe. L’honnêteté suffit.

chrysalde. Mais comment voulez-vous, après tout, qu’une bétc Puisse jamais savoir ce que c’est qu’être honnête?

j Di L’ÉCOLE DES FEMMES,

Outre qu’il est assez ennuyeux, que je croi,

D’avoir toute sa vie une bête avec soi,

Pensez-vous le bien prendre, et que sur votre idée

La sûreté d’un front puisse être bien fondée?

Une femme d’esprit peut trahir son devoir;

Mais il faut, pour le moins, qu’elle ose le vouloir:

Et la stupide au sien peut manquer d’ordinaire,

Sans en avoir l’envie et sans penser le faire.

a iisfoLPHE. A ce bel argument, à ce discours profond,

Ce que Pantagruel à Panurge répond:

Pressez-moi de me joindre à femme autre que sotte,

Prêchez, patrocinez jusqu’à la Pentecôte;

Vous serez ébahi, quand vous serez au bout,

Que vous ne m’aurez rien persuadé du tout.

curtsalde. Je ne vous dis plus mot.

arnoi.phe. Chacun a sa méthode.

En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode.

Je me vois riche assez pour pouvoir, que je croi,

Choisir une moitié qui tienne tout de moi,

Et de qui la soumise et pleine dépendance

N’ait à me reprocher aucun bien ni naissance.

Un air doux et posé, parmi d’autres enfants,

; M’inspira de l’amour pour elle dès quatre ans;

Sa mère se trouvant de pauvreté pressée,

De la lui demander il me vint en pensée;

Et la bonne paysanne, apprenant mon désir,

A s’ôter cette charge eut beaucoup de plaisir.

Dans un petit couvent, loin de toute pratique,

Je la lis élever selon ma politique;

C’est-à-dire, ordonnant quels soins on cmploîroit

Pour la rendre idiote autant qu’il se pourroit.

Dieu merci, le succès a suivi mon attente;

Et grande, je l’ai vue à tel point innocente,

Que j’ai béni le ciel d’avoir trouvé mon fait,

Pour me faire une femme au gré de mon souhait.

Je l’ai donc retirée; et, comme ma demeure

A cent sortes de monde est ouverte à toute heure,

Je l’ai mise à l’écart, comme il faut tout prévoir,

Dans cette autre maison où nul ne me vient voir;

Et, pour ne point gâter sa bonté naturelle,

Je n’y tiens que des gens tout aussi simples qu’elle.

Vous me direz: Pourquoi celle narration?

C’est pour vous rendre instruit de ma précaution.

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