SCÈNE VI
ARNOLPHE, AGNÈS
arnolphe. La promenade est belle.
agnès. Fort belle.
arnolphe. Le beau jour!
agnès. Fort beau.
arnolphe. Quelle nouvelle?
agnès. Le petit chat est mort.
arnolphe. C’est dommage; mais quoi!
Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi. Lorsque j’étois aux champs, n’a-t-il point fait de pluie? agnès. Non.
arnolphe. Vous ennuyoit-il ?
agnès. Jamais je ne m’ennuie.
arnolphe. Qu’avez-vous fait encor ces neuf ou dix jours-ci?
agnès. Six chemises, je pense, et six coiffes aussi. arnolphe, après avoir un peu rêvé.
Le monde, chère Agnès, est une étrange chose!
Voyez la médisance, et comme chacun cause!
Quelques voisins m’ont dit qu’un jeune homme inconnu Étoit en mon absence à la maison venu ;
Que vous aviez souffert sa vue et ses harangues.
Mais je n’ai point pris foi sur ces méchantes langues,
Et j’ai voulu gager que c’étoit faussement... agnès. Mon dieu! ne gagez pas, vous perdriez vraiment. arnolphe. Quoi! c’est la vérité qu’un homme?...
agnès. Chose sûre:
Il n’a presque bougé de chez nous, je vous jure. arnolphe, bas , à part.
Cet aveu qu’elle fait avec sincérité Me marque pour le moins son ingénuité.
(haut.) Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne, Que j’avois défendu que vous vissiez personne. agnès. Oui; mais, quand je l’ai vu, vous ignorez pourquoi;
Et vous en auriez fait, sans doute, autant que moi. arnolphe. Peut-être. Mais enfin contez-moi cette histoire. agnès. Elle est fort étonnante, et difficile à croire.
J’étois sur le balcon à travailler au frais,
Lorsque je vis passer sous les arbres d’auprès