‹ ŒuvresChapitre 352 sur 629 · AGNÈS. II · texte numérisé non relu

AGNÈS. II

arnolphe, h part. Je souffre en damné.

agnès. Il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné.

A vous dire le vrai, je n’ai pu m’en défendre. arnolphe, reprenant haleine.

Passe pour le ruban. Mais je voulois apprendre S’il ne vous a rien fait que vous baiser les bras. agnès, Comment! est-ce qu’on fait d’autres choses?

arnolphe. Non pas.

Mais, pour guérir du mal qu’il dit qui le possède.

N’a-t-il point exigé de vous d’autre remède? agnès. Non. Vous pouvez juger, s’il en eût demandé,

Que pour le secourir j’aurois tout accordé. arnolphe, bas , à part.

Grâce aux bontés du ciel, j’en suis quitte à bon compte : Si j’y retombe plus, je veux bien qu’on m’affronte.

[haut.) Chut! De votre innocence, Agnès, c’est un effet;

Je ne vous en dis mot. Ce qui s’est fait est fait.

Je sais qu’en vous flattant le galant ne desire Que de vous abuser, et puis après s’en rire. agnès. Oh! point. Il me l’a dit plus de vingt fois à moi.

431 L’ÉCOLE DES FEMMES

arnolphe. Ah! vous ne savez pas ce que c’est que sa foi.

Mais enfin apprenez qu’accepter des cassettes,

Et de ces beaux blondins écouter les sornettes;

Que se laisser par eux, à force de langueur,

Baiser ainsi les mains et chatouiller le cœur,

Est un péché mortel des plus gros qu’il se fasse. agnès. Un péché, dites-vous? Et la raison, de grâce? arnolphe. La raison? La raison est l’arrêt prononcé Que par ces actions le ciel est courroucé. agnès. Courroucé! Mais pourquoi faut-il qu’il s’en courrouce? C’est une chose, hélas ! si plaisante et si douce! J’admire quelle joie on goûte à tout cela,

Et je ne savois point encor ces choses-là. arnolphe. Oui, c’est un grand plaisir que toutes ces tendresses, Ces propos si gentils et ces douces caresses;

Mais il faut le goûter en toute honnêteté ,

Et qu’en se mariant, le crime soit ôté. agnès. N’est-ce plus un péché lorsque l’on se marie? arnolphe. Non.

agnès. Mariez-moi donc promptement, je vous prie. arnolphe. Si vous le souhaitez, je le souhaite aussi,

Et pour vous marier on me revoit ici.

agnès. Est-il possible?

arnolphe. Oui.

agnès. Que vous me ferez aise!

arnolphe. Oui, je ne doute point que l’hymen ne vous plaise. agnès. Vous nous voulez, nous deux...

arnolphe. Rien de plus assuré.

agnès. Que, si cela se fait, je vous caresserai! arnolphe. Eh! la chose sera de ma part réciproque.

agnès. Je ne reconnois point, pour moi, quand on se moque. Parlez- vous tout de bon?

arnolphe. Oui, vous le pourrez voir.

agnès. Nous serons mariés?

ARNOLPHE. Oui.

agnès. Mais quand?

arnolphe. Dès ce soir.

agnès, riant. Dès ce soir?

arnolphe. Dès ce soir. Cela vous fait donc rire? agnès. Oui.

arnolphe. Vous voir bien contente est ce que je desire. agnès. Hélas! que je vous ai grande obligation,

Et qu’avec lui j’aurai de satisfaction!

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