‹ ŒuvresChapitre 362 sur 629 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARNOLPHE, seul.

J’ai peine, je l’avoue, à demeurer en place,

Et de mille soucis mon esprit s’embarrasse

Pour pouvoir mettre un ordre et dedans et dehors,

Qui du godelureau rompe tous les efforts.

De quel œil la traîtresse a soutenu ma vue!

De tout ce qu’elle a fait elle n’est point émue;

Et, bien qu’elle me mette à deux doigts du trépas,

On diroit, à la voir, qu’elle n’y touche pas.

Plus, en la regardant, je la voyois tranquille,

Plus je sentois en moi s’échauffer une bile;

Et ces bouillants transports, dont s’enfiammoit mon cœur, Y sembloient redoubler mon amoureuse ardeur.

J’étois aigri, fâché, désespéré contre elle;

Et cependant jamais je ne la vis si belle,

Jamais ses yeux aux miens n’ont paru si perçants,

Jamais je n’eus pour eux des désirs si pressants;

Et je sens là-dedans qu’il faudra que je crève Si de mon triste sort la disgrâce s’acheve.

Quoi! j’aurai dirigé son éducation Avec tant de tendresse et de précaution;

Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,

Et j’en aurai chéri la plus tendre espérance;

Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissants,

Et cru la mitonner pour moi durant treize ans,

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