‹ ŒuvresChapitre 364 sur 629 · UN NOTAIRE, ARNOLPHE · texte numérisé non relu

UN NOTAIRE, ARNOLPHE

le notaire. Ah! le voilà! Bonjour. Me voici tout à point

Pour dresser le contrat que vous souhaitez faire. arnolphf., se croyant seul, et sans voir ni entendre le notaire. Comment faire?

le notaire. Il le faut dans la forme ordinaire. arnoi.phe, se croyant seul.

A mes précautions je veux songer de près. le notaire. Je ne passerai rien contre vos intérêts. arnolphe, se croyant seul.

Il se faut garantir de toutes les surprises. i.e notaire. Suffit qu’entre mes mains vos affaires soient mises. Il ne \^>us faudra point, de peur d’être déçu, Quittancer le contrat que vous n’ayez reçu. arnolphe, se croyant seul.

J’ai peur, si je vais faire éclater quelque chose,

Que de cet incident par la ville on ne cause. le notaire. Eh bien! il est aisé d’empêcher cet éclat,

Et Ton peut en secret faire votre contrat. arnolphe, se croyant seul.

Mais comment faudra-t-il qu’avec elle j'en sorte? le notaire. Le douaire se règle au bien qu’on voils apporte. arnolphe, se croyant seul.

Je l’aime, et cet amour est mon grand embarras. le notaire. On peut avantager une femme en ce cas. arnolphe, se croyant seul.

Quel traitement lui faire en pareille aventure? le notaire. L’ordre est que le futur doit douer la future

Du tiers du dot qu’elle a; mais cet ordre n’est rien, Et Ton va plus avant lorsque l’on le veut bien.

•i 52 L’ÉCOLE DES FEMMES,

arnolphe, se croyant seul.

Si... [Il aperçoit le notaire.)

i.e notaire. Pour le préciput, il les regarde ensemble.

Je dis que le futur peut, comme bon lui semble, Douer la future.

arnolphe. Eh?

le notaire. Il peut l’avantager Lorsqu’il l’aime beaucoup et qu’il veut l’obliger;

Et cela par douaire, ou préfix qu’on appelle,

Qui demeure perdu par le trépas d’icelle;

Ou sans retour, qui va de ladite à ses hoirs ;

Ou coutumier, selon les différents vouloirs;

Ou par donation dans le contrat formelle,

Qu’on fait ou pure et simple, ou qu’on fait mutuelle. Pourquoi hausser le dos? Est-ce qu’on parle en fat,

Et que l’on ne sait pas les formes d’un contrat?

Qui me les apprendra? Personne, je présume.

Sais-je pas qu’étant joints on est par la coutume Communs en meubles, biens, immeubles et conquéts, A moins que par un acte on n’y renonce exprès? Sais-je pas que le tiers du bien de la future Entre en communauté pour?...

arnolphe. Oui, c’est chose sûre, Vous savez tout cela; mais qui vous en dit mot? le notaire. Vous, qui me prétendez faire passer pour sot,

En me haussant l’épaule et faisant la grimace. arnolphe. La peste soit de l’homme, et sa chienne de face! Adieu. C’est le moyen de vous faire finir. le notaire. Pour dresser un contrat m’a-t-on pas fait venir? arnolphe. Oui, je vous ai mandé; mais la chose est remise.

Et l’on vous mandera quand l’heure sera prise. Voyez quel diable d’homme avec son entretien! le notaire, seul. Je pense qu’il en tient, et je crois penser bien.

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