‹ ŒuvresChapitre 416 sur 629 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Boursault! je voudrois bien savoir tle quelle façon on pourroit l’ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le berneroit sur un théâtre, il scroit assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui seroit trop d’honneur que d’être joué devant une auguste assemblée; il ne demanderait pas mieux, et il m’attaque de gaîté de cœur pour se faire connoître de quelque façon que ce soit. C’est un homme qui n’a rien à perdre, et les comédiens ne me l’ont déchaîné que pour m’engager à une sotte guerre, et me détourner, par cet artifice, des autres ouvrages que j’ai à faire; et cependant vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Mais enfin, j’en ferai ma déclaration publiquement: je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques; qu’ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j’en suis d’accord. Qu’ils s’en saisissent après nous, qu’ils les retournent comme un habit pour les mettre sur leur théâtre et tâchent à profiter de quelque agrément qu’on y trouve et d’un peu de bonheur que j’ai, j’y consens; ils en ont besoin, et je serai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu’ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes, et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs, ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma ligure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu’il leur plaira, s’ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m’oppose point à toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde; mais, en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m’a dit qu’ils m’attaquoient dans leurs comédies. C’est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d’écrire pour eux, et voilà toute la réponse qu’ils auront de moi.

mademoiselle béjart. Mais enfin...

moliére. Mais enfin vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage; nous nous amusons à faire des discours au lieu de répéter notre comédie. Où en étions -nous? Je ne m’en souviens plus.

mademoiselle de brie. Vous en étiez à l'endroit...

molière. Mon dieu! j’entends du bruit; c’est le roi qui arrive assurément, et je vois bien que nous n’aurons pas le temps de passer outre. Voilà ce que c’est de s’amuser. Oh bien! faites donc, pour le reste, du mieux qu’il vous sera possible.

mademoiselle béjart. Par ma loi! la frayeur me prend, et je ne saurois aller jouer mon rôle, si je ne le répète tout entier.

molière. Comment! vous ne sauriez aller jouer votre rôle?

MADEMOISELLE BÉJART. Noil.

ai ad emoi selle du parc. Ni moi le mien.

MADEMOISELLE DE BRIE. Ni IllOÎ non plus.

mademoiselle molière. Ni moi.

MADEMOISELLE HERVE. Ni Ilioi.

MADEMOISELLE DU CROISY. Ni moi.

molièrk. Que pensez-vous donc faire? Vous moquez-vous toutes de moi?

BÉJART, MOLIÈRE, LA GRANGE, DU CROISY, Mesdemoiselles DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIÈRE, DU CROISY, HERVÉ.

béjart. Messieurs, je viens vous avertir que le roi est venu et qu’il attend que vous commenciez.

molière. Ali! monsieur, vous me voyez dans la plus grande peine du monde, je suis désespéré à l’heure que je vous parle! Voici des femmes qui s’effraient et qui disent qu’il leur faut répéter leurs rôles avant que d’aller commencer. Nous demandons, de grâce, encore un moment. Le roi a de la bonté, et il sait bien que la chose a été précipitée .

MOLIÈRE, LA GRANGE, DU CROISY, Mesdemoiselles DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIÈRE, DU CROISY, 1 HERVÉ.

molière. Eh! de grâce, tâchez de vous remettre; prenez courage, je vous prie.

mademoiselle du parc. Vous devez vous aller excuser. molière. Comment m’excuser?

MOLIÈRE, LA GRANGE, DU CTvOISY, Mesdemoiselles DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIÈRE, DU CROISY, HERVÉ, UN NÉCESSAIRE.

un nécessaire. Messieurs, commencez donc.

molière. Tout à l’heure, monsieur. Je crois que je perdrai l’esprit de cette affaire-ci, et...

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