‹ ŒuvresChapitre 440 sur 629 · SCÈNE XIY · texte numérisé non relu

SCÈNE XIY

ALCANTOR, SOANARELLE.

alcantor. Ah! mon gendre, soyez le bienvenu! soanarelle. Monsieur, votre serviteur.

alcantor. Vous venez pour- conclure le mariage? soanarelle. Excusez-moi.

alcantor. Je vous promets que j’en ai autant d’impatience que vous, sc an ar elle. Je viens ici pour autre sujet.

alcantor. J’ai donné ordre à toutes les choses nécessaires pour celte fête. soanarelle. Il n’est pas question de cela.

alcantor. Les violons sont retenus, le festin est commandé et ma fille est parée pour vous recevoir.

soanarelle. Ce n’est pas ce qui m’amène.

alcantor. Enfin, vous allez être satisfait, et rien ne peut retarder votre contentement.

soan AREi.i.E. Mon dieu ! c’est autre chose. alcantor. Allons. Entrez donc, mon gendre. soanarelle. J’ai un petit mot à vous dire.

alcantor. Ali! mon dieu ! ne faisons point de cérémonie! Entrez vite, s’il vous plaît.

soanarelle. Non , vous dis-je. Je vous veux parler auparavant. alcantor. Vous voulez me dire quelque chose? sganarellk. Oui.

alcantor. Et quoi?

sganarelle. Seigneur Alcantor, j’ai demandé votre fille en mariage, il est vrai, et vous me l’avez accordée; niais je me trouve un peu avancé

5'îfi LE MARIAGE FORCÉ,

en âge pour elle et je considère que je ne suis point du tout son fait.

alcantor. Pardonnez-moi, ma fdle vous trouve bien comme vous êtes; et je suis sûr qu’elle vivra fort contente avec vous.

sganarelle. Point. J’ai parfois des bizarreries épouvantables, et elle auroit trop à souffrir de ma mauvaise humeur.

alcantor. Ma lille a de la complaisance et vous verrez qu’elle s’accommodera entièrement à vous.

soanarelle. J’ai quelques infirmités sur mon corps qui pourroient la dégoûter.

alcantor. Cela n’est rien. Une honnête femme ne se dégoûte jamais de son mari.

sganarelle. Enfin, voulez- vous que je vous dise? Je ne vous conseille pas de me la donner.

alcantor. Vous moquez-vous? J’aimerois mieux mourir que d’avoir manqué à ma parole.

sganarelle. Mon dieu ! je vous en dispense, et je...

alcantor. Point du tout. Je vous l’ai promise, et vous l’aurez en dépit de tous ceux qui y prétendent.

sganarelle, h part. Que diable!

alcantor. Voyez-vous? J’ai une estime et une amitié pour vous toute particulière, et je refuserois ma fille à un prince pour vous la donner.

sganarelle. Seigneur Alcantor, je vous suis obligé de l’honneur que vous me faites, mais je vous déclare que je ne me veux point marier.

alcantor. Qui, vous?

SGANARELLE. Oui, moi.

alcantor. Et la raison?

sganarelle. La raison? C’est que je ne me sens point propre pour le mariage, et que je veux imiter mon père et tous ceux de ma race, qui ne se sont jamais voulu marier.

alcantor. Écoutez. Les volontés sont libres, et je suis homme à ne contraindre jamais personne. Vous vous êtes engagé avec moi pour épouser ma fille et tout est préparé pour cela; mais, puisque vous voulez retirer votre parole, je vais voir ce qu’il y a à faire, et vous aurez bientôt de mes nouvelles.

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