‹ ŒuvresChapitre 47 sur 629 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Il me la fait manquer avec de faux rapports;

Je veux de son rival alentir les transports,

Mon brave incontinent vient qui le désabuse;

J’ai beau lui faire signe et montrer que c’est ruse; Point d'affaire: il poursuit sa pointe jusqu’au bout,

Et n’est point satisfait qu’il n’ait découvert tout. Grand et sublime effort d’une imaginative Qui ne le cède point à personne qui vive!

C’est une rare pièce, et digne, sur ma foi!

Qu’on en fasse présent au cabinet d’un roi. lélie. Je ne m’étonne pas si je romps tes attentes;

A moins d’ètre informé des choses que tu tentes,

J’en fcrois encor cent de la sorte.

mascarille. Tant pis.

lélie. Au moins, pour t’emporter à de justes dépits,

Fais-moi dans tes desseins entrer de quelque chose; Mais que de leurs ressorts la porte me soit close,

C’est ce qui fait toujours que je suis pris sans vert. mascar ille. Je crois que vous seriez un maître d’arme expert; Vous savez à merveille, en toutes aventures,

Prendre les contre-temps et rompre les mesures. lélie. Puisque la chose est faite, il n’y faut plus penser. Mon rival, en tout cas, ne peut me traverser,

Et pourvu que tes soins, en qui je me repose... mascarille. Laissons là ce discours, et parlons d’autre chose.

Je ne m’apaise pas, non, si facilement,

Je suis trop en colère. Il faut premièrement Me rendre un bon office, et nous verrons ensuite Si je dois de vos feux reprendre la conduite. lélie. S’il ne tient qu’à cela, je n’y résiste pas.

As-tu besoin, dis-moi, de mon sang, de mes bras? mascarille. De quelle vision sa cervelle est frappée!

Vous êtes de l’humeur de ces amis d’épée,

Que l’on trouve toujours plus prompts à dégainer Qu’à tirer un teston, s’il falloit le donner. lélie. Que puis-je donc pour toi?

mascarille. C’est que de votre père Il faut absolument apaiser la colère.

lélie. Nous avons fait la paix.

mascarille. Oui; mais non pas pour nous. Je l’ai fait ce matin mort pour l’amour de vous;

La vision le choque, et de pareilles feintes Aux vieillards comme lui sont de dures atteintes,

Qui, sur l’état prochain de leur condition,

Leur font faire à regret triste réflexion.

Le bonhomme, tout vieux, chérit fort la lumière,

Et ne veut point de jeux dessus cette matière;

Il craint le pronostic, et, contre moi fâché,

On m’a dit qu’en justice il m’avoit recherché.

.l’ai peur, si le logis du roi fait ma demeure,

De m’y trouver si bien dès le premier quart-d’heure, Que j’aye peine aussi d’en sortir par après.

Contre moi dès long-temps on a force décrets;

Car enfin la vertu n’est jamais sans envie,

Et dans ce maudit siècle est toujours poursuivie.

Allez donc le fléchir.

lélie. Oui, nous le fléchirons :

Mais aussi tu promets...

mascarille. Ali! mon dieu ! nous verrons! Lc/ir sort. Ma foi! prenons haleine après tant de fatigues.

Cessons pour quelque temps le cours de nos intrigues, Et de nous tourmenter de même qu’im lutin.

Léandre, pour nous nuire, est hors de garde enfin,

Et Célie arrêtée avecque l’artifice...

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