‹ ŒuvresChapitre 472 sur 629 · PHILIS, MORON · texte numérisé non relu

PHILIS, MORON

la princesse, à Iphitas. Seigneur, je vous demande la licence de prévenir par deux paroles la déclaration des pensées que vous pouvez avoir. Il y a deux vérités, seigneur, aussi constantes l’une que l’autre, et dont je puis vous assurer également : l’une, que vous avez un absolu pouvoir sur moi et que vous ne sauriez m’ordonner rien où je ne réponde aussitôt par une obéissance aveugle; l’autre, que je regarde l’hyménée ainsi que le trépas et qu’il m’est impossible de forcer cette aversion naturelle. Mc donner un mari et me donner la mort, c’est une même chose; mais votre volonté va la première, et mon obéissance m’est bien plus chère que ma vie. Après cela, parlez, seigneur, prononcez librement ce que vous voulez.

iphitas. Ma fille, tu as tort de prendre de telles alarmes; et je me plains de toi, qui peux mettre dans ta pensée que je sois assez mauvais père pour vouloir faire violence à tes sentiments et me servir tyranniquement de la puissance que le ciel me donne sur toi. Je souhaite, à la vérité, que ton cœur puisse aimer quelqu’un. Tous mes vœux seroient satisfaits si cela pouvoit arriver; et je n’ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici qu’alin d’y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d’illustre, et que, parmi cette noble jeunesse, tu puisses enfin rencontrer où arrêter tes yeux et déterminer tes pensées. Je ne demande, dis-je, au ciel autre bonheur que celui de te voir un époux. J’ai, pour obtenir cette grâce, fait encore ce matin un sacrifice à Vénus , et , si je sais bien expliquer le langage des dieux, elle m’a promis un miracle. Mais, quoi qu’il en soit, je veux en user avec toi en père qui chérit sa fille. Si tu trouves où attacher tes vœux, ton choix sera le mien, et je ne considérerai ni intérêt d’état, ni avantages d’alliance; si ton cœur demeure insensible, je n’entreprendrai point de le forcer; mais au moins sois complaisante aux ci\ ilités qu’on te rend , et ne m’oblige point à faire les excuses de ta froideur.. Traite ces princes avec l’estime que tu leur dois, reçois avec reconnoissance les témoignages de leur zèle, et viens voir cette course où leur adresse va paraître.

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