‹ ŒuvresChapitre 499 sur 629 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

T, A PRINCESSE. OlÜ , Ct tl C tOllt 111011 COiHl’, je VOUS l’aVOUP.

iphitas. Et que t’a-t-il fait?

i.a princesse. Il m’a méprisée, i phi tas. Et comment?

i.a princesse. Il ne m’a pas trouvée assez bien faite pour m’adresser ses vœux.

ipiiitas. Et quelle offense te fait cela? tu ne veux accepter personne. i.a princesse. N’importe; il me devoit aimer comme les autres et me laisser au moins la gloire de le refuser. Sa déclaration me fait un affront; et ce m’est, une honte sensible qu’à mes yeux, et au milieu de votre cour, il a recherché une autre que moi. iphitas. Mais quel intérêt dois-tu prendre à lui?

i.a princesse. J’en prends, seigneur, à me venger de son mépris; et, comme je sais bien qu’il aime Aglante avec beaucoup d’ardeur, je veux empêcher, s’il vous plaît, qu’il ne soit heureux avec elle. iphitas. Cela te tient donc bien au cœur?

la princesse. Oui, seigneur, sans doute; et, s’il obtient ce qu’il demande, vous me verrez expirer à vos yeux.

iphitas. Va, va, ma fille, avoue franchement la chose: le mérite de ce prince t’a fait ouvrir les yeux, et tu l'aimes enfin, quoi que tu puisses dire.

la princesse. Moi, seigneur?

iphitas. Oui, tu l’aimes.

la princesse. Je l’aime, dites-vous? et vous m’imputez cette lâcheté! O ciel! quelle est mon infortune! Puis-je bien, sans mourir, entendre ces paroles? Et faut-il que je sois si malheureuse qu’on me soupçonne de l’aimer? Ah! si c’étoit un autre que vous, seigneur, qui me tînt ce discours, je ne sais pas ce que je ne ferois point! iphitas. Eh bien! oui, tu ne l’aimes pas; tu le hais, j’v consens, et je veux bien, pour te contenter, qu’il n’épouse pas la princesse Aglante. i.a princesse. Ah! seigneur, vous me donnez la Aie!

iphitas. Mais, afin d’empêcher qu’il ne puisse être jamais à elle, il faut que tu le prennes pour toi.

la princesse. Vous vous moquez, seigneur, et ce n’est pas ce qu’il demande.

euryale. Pardonnez-moi, madame, je suis assez téméraire pour cela, et je prends à témoin le prince votre père si ce n’est pas vous que j’ai demandée. C’est trop vous tenir dans l’erreur; il faut lever le masque, et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi, découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je n’ai jamais aimé que vous et jamais je n’aimerai que vous: c’est \rous, madame, qui m’avez enlevé cette qualité d’insensible que j’avois toujours affectée; et tout ce que j’ai pu vous dire n’a été qu’une feinte qu’un mouvement se-

fiOR LA PRINCESSE D’ÉLIDE,

cret m’a inspirée, et que je n’ai suivie qu’avec toutes les violences imaginables. Il falloit qu’elle cessât bientôt, sans doute, et je m’étonne seulement qu’elle ait pu durer la moitié d’un jour; car, enfin, je mourois, je brûlois dans l’ame quand je vous déguisois mes sentiments, et jamais cœur n’a souffert une contrainte égale à la mienne. Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger; vous n’avez qu’à parler, et ma main sur-le-champ fera gloire d’exécuter l’arrêt que vous prononcerez.

la princesse. Non, non , prince, je ne vous sais pas mauvais gré de m’avoir abusée; et, tout ce que vous m’avez dit, je l’aime bien mieux une feinte que non pas une vérité.

iphitas. Si bien donc, ma fille, que tu veux bien accepter ce prince pour époux?

la princesse. Seigneur, je ne sais pas encore ce que je veux; donnezmoi le temps d’y songer, je vous prie, et m’épargnez un peu la confusion où je suis.

iphitas. Vous jugez, prince, ce que cela veut dire, et vous vous pouvez fonder là-dessus.

euryale. Je l’attendrai tant qu’il vous plaira, madame, cet arrêt de ma destinée; et, s’il me condamne à la mort, je le suivrai sans murmure.

iphitas. Viens, Moron; c’est ici un jour de paix, et je te remets en grâce avec la princesse.

moron. Seigneur, je serai meilleur courtisan une autre fois, et je me garderai bien de dire ce que je pense.

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