‹ ŒuvresChapitre 507 sur 629 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

cola, je lui dirois fort nettement, le regardant en face: Osez- vous bien ainsi vous jouer au ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer connue vous faites des choses les plus saintes? C’est bien à vous, petit ver de terre, petit mirmidon que vous êtes (je parle au maître que j’ai dit), c’est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner eu raillerie ce que tous les hommes révèrent? Pensez-vous que pouf être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré et des rubans couleur de feu (ce n’est pas à vous que je parle, c’est à l’autre), pensez-vous, dis— je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis et qu’on n’ose vous dire vos vérités? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies, qu’une méchante vie amène une méchante mort, et que...

don juan. Taix.

su an a belle. De quoi est-il question?

uoN juan. Il est question de te dire qu’une beauté me lient au cœur, et qu’entraîne par ses appas je l’ai suivie jusqu’en cette ville.

su a na belle. Et n’y craignez-vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois?

don juan. Et pourquoi craindre? Ne l’ai-je pas bien tué?

sganab elle. Fort bien, le mieux du monde, et il aurait tort de se; plaindre.

don juan. J’ai eu ma grâce de cette affaire.

sgànarellk. Oui; mais cette grâce n’éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis, et...

don juan. Ah! n’allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu’elle y vient épouser, et le hasard me fit voir ce couple d’amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n’ai vu deux personnes être si contentes l’une de l’autre et faire éclater plus d’amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l’émotion; j’en fus frappé au cœur et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d’abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence et rompre cet attachement dont la délicatesse de mon cœur se tenoit offensée; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j’ai recours au dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd’hui régaler sa maîtresse d’une promenade sur mer. Sans t’en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j’ai une petite barque et des gens avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle.

(i‘JO LE FESTIN DE PIERRE,

sganarelle. Ah ! monsieur...

DON JUAN. Hcn?

sganarelle. C’est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut; il n’est rien tel en ce monde que de se contenter.

don Juan. Prépare-toi donc à venir avec moi, et prends soin toi-même d’apporter toutes mes armes, afin que... {apercevant donc Elvirc.) Ali ! rencontre lâcheuse. Traître! tu ne m’avois pas dit qu’elle étoit ici elle-même.

sganarelle. Monsieur, vous ne me l’avez pas demandé.

don juan. Est-elle folle, de n’avoir pas changé d’habit et de venir en ce lieu-ci avec son équipage de campagne?

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