‹ ŒuvresChapitre 546 sur 629 · DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE

don louis. Quoi! mon fils, seroit-il possible que la bonté du ciel eût exaucé mes vœux? Ce que vous me dites est-il bien vrai? Ne m’abusez-vous point d’un faux espoir, et puis -je prendre quelque assurance sur la nouveauté surprenante d’une telle conversion?

don juan. Oui, vous me voyez revenu de toutes mes erreurs; je ne suis plus le même d’hier au soir, et le ciel, tout d’un coup, a fait en moi un changement qui va surprendre tout le monde. U a touché mon ame et dessillé mes yeux, et je regarde avec horreur le long aveuglement où j’ai été et les désordres criminels de la vie que j’ai menée. J’en repasse dans mon esprit toutes les abominations, et m’étonne comme le ciel les a pu souffrir si long-temps et n’a pas vingt fois sur ma tète laissé tomber les coups de sa justice redoutable. Je vois les grâces que sa bonté m’a faites en ne me punissant point de mes crimes; et je prétends en profiter comme je dois, faire éclater aux yeux du monde un soudain changement de vie, réparer par là le scandale de mes actions passées et m’efforcer d’en obtenir du ciel une pleine rémission. C’est à quoi je vais travailler, et je vous prie, monsieur, de vouloir bien contribuer à ce dessein et de m’aider vousmême à faire choix d’une personne qui me serve de guide et sous la conduite de qui je puisse marcher sûrement dans le chemin où je m’en vais entrer.

don louis. Ah! mon fils, que la tendresse d’un père est aisément rappelée

LE FESTIN DE PIERRE

et que les offenses d’un (ils s’évanouissent vite au moindre mot de repentir! Je ne me souviens plus déjà de tous les déplaisirs que vous m’avez donnés, et tout est effacé par les paroles que vous venez de me faire entendre. Je ne me sens pas, je l’avoue; je jette des larmes de joie; tous mes vœux sont satisfaits, et je n’ai plus rien désormais à demander au ciel. Embrassez-moi, mon fds, et persistez, je vous conjure, dans cette louable pensée. Pour moi, j’en vais, tout de ce pas, porter l’heureuse nouvelle à votre mère, partager avec elle les doux transports du ravissement où je suis, et rendre grâces au ciel des saintes résolutions qu’il a daigné vous inspirer.

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