‹ ŒuvresChapitre 577 sur 629 · SGANARELLE, LUCINDE, CLITANDRE, LISETTE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, LUCINDE, CLITANDRE, LISETTE

lisette, à Clitandre. Tenez, monsieur, voilà une chaise auprès d’elle. [à Sganarelle.) Allons, laissez-les là tous deux.

L’AMOUR MÉDECIN

sganarelle. Pourquoi? Je veux demeurer là.

Lisette. Vous moquez-vous ? Il faut s’éloigner. Un médecin a cent choses à demander qu’il n’est pas honnête qu’un homme entende. [Sganarelle et Lisette s’éloignent.)

ci. it anure , bas, h Lucinde. Ah! madame, que le ravissement où je me trouve est grand! et que je sais peu par où vous commencer mon discours! Tant que je ne vous ai parlé que des yeux, j’avois, ce me sembloit, cent choses à vous dire; et, maintenant que j’ai la liberté de vous parler de la façon que je souhaitois, je demeure interdit, et la grande joie où je suis étouffe toutes mes paroles.

lucinde. Je puis vous dire la même chose; et je sens, comme vous, des mouvements de joie qui m’empêchent de pouvoir parler.

clitandre. Ah! madame, que je serois heureux, s’il étoit vrai que vous sentissiez tout C43 que je sens, et qu’il me fût permis déjuger de votre aine par la mienne! Mais, madame, puis-je au moins croire que ce soit à vous à qui je doive la pensée de cet heureux stratagème qui me fait jouir de votre présence?

i uc in de. Si vous ne m’en devez pas la pensée, vous m’êtes redevable au moins d’en avoir approuvé la proposition avec beaucoup de joie.

sganarelle, à Lisette. Il me semble qu’il lui parle de bien près.

i.isette, à Sganarelle. C’est qu’il observe sa physionomie et tous les traits de son visage.

clitandre, à Lucincle. Serez-vous constante, madame, dans ces bontés que vous me témoignez ?

lucinde. Mais, vous, serez-vous ferme dans les résolutions que vous avez montrées?

clitandre. Ah! madame, jusqu’à la mort. Je n'ai point de plus forte envie que d’être à vous, et je vais le faire paroître dans ce que vous m’allez voir faire.

sganarelle, à Clitandre. Eh bien! notre malade? Elle me semble un peu plus gaie.

clitandre. C’est que j’ai déjà fait agir sur elle un de ces remèdes que mon art m’enseigne. Comme l’esprit a grand empire sur le corps, et que c’est de lui, bien souvent, que procèdent les maladies, ma coutume est de courir à guérir les esprits avant que de venir aux corps. J’ai donc observé ses regards, les traits de son visage et les lignes de ses deux mains; et, par la science que le ciel m’a donnée, j’ai reconnu que c’étoit de l’esprit qu’elle étoit malade et que tout son mal ne venoit que d’une imagination déréglée, d’un désir dépravé de vouloir être mariée. Pour moi, je ne vois rien de plus extravagant et de plus ridicule que cette envie qu’on a du mariage.

sganarelle, à part. Voilà un habile homme!

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