‹ ŒuvresChapitre 591 sur 629 · ALCESTE, CÉLIMÈNE · texte numérisé non relu

ALCESTE, CÉLIMÈNE

ju.ceste. Madame, voulez-vous que je vous parle net?

De vos façons d’agir je suis mal satisfait;

Contre elles dans mon cœur trop de bile s’assemble , Et je sens qu’il faudra que nous rompions ensemble. Oui, je vous tromperois de parler autrement:

Tôt ou tard nous romprons indubitablement;

Et je vous promettrois mille fois le contraire,

Que je ne serois pas en pouvoir de le faire. célimène. C’est pour me quereller donc, à ce que je voi,

Que vous avez voulu me ramener chez moi? alceste. Je ne querelle point. Mais votre humeur,, madame,

Ouvre au premier venu trop d’accès dans votre ame : Vous avez trop d’amants qu’on voit vous obséder.

Et mon cœur de cela ne peut s’accommoder.

CÉI.IMÈNF,.

ALCESTE

OÉLTIH'KNK.

ALCESTE

CÉLIMÈNE

ALCESTE

CÉI.IMÈNF.

ALCESTE

CET.IMÈNF.

LE MISANTHROPE

Dos amants que je fais me rendez-vous coupable? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable?

Et lorsque pour me voir ils font de doux efforts,

Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors?

Non, ce n’est pas, madame, un bâton qu’il faut prendre Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux;

Mais votre accueil retient ceux qu’attirent vos yeux,

Et sa douceur, offerte à qui vous rend les armes, Achève sur les cœurs l’ouvrage de vos charmes.

Le trop riant espoir que vous leur présentez Attache autour de vous leurs assiduités,

Et votre complaisance un peu moins étendue De tant de soupirants chasseroit la cohue.

Mais, au moins, dites-moi, madame, par quel sort Votre Clitandre a l’heur de vous plaire si fort?

Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime Appuyez-vous en lui l’honneur de votre estime?

Est-ce par l’ongle long qu’il porte au petit doigt Qu’il s’est acquis chez vous l’estime où l’on le voit?

Vous êtes-vous rendue avec tout le beau monde Au mérite éclatant de sa perruque blonde?

Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer? L’amas de ses rubans a-t-il su vous charmer?

Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave Qu’il a gagné votre ame en faisant votre esclave?

Ou sa façon de rire et son ton de fausset *

Ont-ils de vous toucher su trouver le ^ecret? Qu’injustement de lui vous prenez de l’ombrage!

Ne savez-vous pas bien pourquoi je le ménage;

Et que, dans mon procès, ainsi qu’il m’a promis,

Il peut intéresser tout ce qu’il a d’amis?

Perdez votre procès, madame, .avec constance.

Et ne ménagez point un rival qui m’offense.

Mais de tout l’univers vous devenez jaloux.

C’est que tout l’univers est bien reçu de vous.

C’est ce qui doit rasseoir votre ame effarouchée,

Puisque ma complaisance est sur tous épanchée;

Et vous auriez plus lieu de vous en offenser Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.

Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie,

Qu’ai-je de plus qu’eux tous, madame, je vous prie?

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

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