ACTE IV, SCÈNE
trufaldin. Vous avez vu ce fils où mon espoir se fonde?
lélie. Oui, seigneur Trufaldin, le plus gaillard du monde. trufaldin. Il vous a dit sa vie, et parlé fort de moi? lélie. Plus de dix mille fois.
mascarille. Quelque peu moins, je croi.
lélie. Il vous a dépeint tel que je vous vois paroître,
Le visage, le port...
trufaldin. Cela pourroit-il être,
Si, lorsqu’il m’a pu voir, il n’avoit que sept ans,
Et si son précepteur même, depuis ce temps,
Auroit peine à pouvoir connoître mon visage? mascarille. Le sang, bien autrement, conserve cette image;
Par des traits si profonds ce portrait est tracé,
Que mon père...
trufaldin. Suffit. Où l’avez-vous laissé? lélie. En Turquie, à Turin.
trufaldin. Turin? Mais cette ville Est, je pense, en Piémont.
mascarille, à part. O cerveau mal habile! à Trufaldin. Tous ne l’entendez pas, il veut dire Tunis,
Et c’est en effet là qu’il laissa votre fils;
Mais les Arméniens ont tous une habitude,
Certain vice de langue à nous autre fort rude;
C’est que dans tous les mots ils changent ni s en rin ,
Et pour dire Tunis, ils prononcent Turin. trufaldin. Il falloit, pour l’entendre, avoir cette lumière.
Quel moyen vous dit-il de rencontrer son père? mascarille, à part. (à Trufaldin, après s’etre escrimé.)
Voyez s’il répondra. Je repassois un peu Quelque leçon d’escrime; autrefois en ce jeu Il n’étoit point d’adresse à mon adresse égale,
Et j’ai battu le fer en mainte et mainte salle. trufaldin, à Mascarille.
Ce n’est pas maintenant ce que je veux savoir. à Lélic. Quel autre nom dit-il que je devois avoir? mascarille. Ah! seigneur Zanobio Ruberti, quelle joie
Est celle maintenant que le ciel vous envoie! lélie. C’est là votre vrai nom, et l’autre est emprunte. trufaldin. Mais où vous a-t-il dit qu’il reçut la clarté? mascarille. Naples est un séjour qui paroit agréable;
Mais pour vous ce doit être un lieu fort haïssable. trufaldin. Ne peux-tu, sans parler, souffrir notre discours? lélie. Dans Naples son destin a commencé son cours.
nu i ai.kkv. Où l’cnvoyai-je jeune, et sous quelle conduite? mascaiullk. Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite D’avoir depuis Bologne accompagné ce fils, Qu’à sa discrétion vos soins avoient commis. TIUJl'ALmN. Ali!
îiASt:Anii.LE,rty;fl';/. Nous sommes perdus si cet entretien dure. trufaliun. Je voudrois bien savoir de vous leur aventure, Sur quel vaisseau le sort qui m’a su travailler... mascarille. Je ne sais ce que c’est, je ne fais que bâiller;
Mais, seigneur Trulaldin, songez-vous que peut-être Oc monsieur l’étranger a besoin de repaître,
Et qu’il est tard aussi?
i.ÉLiF.. Pour moi, point de repas.
MASCAIULLE, Ah ! vous ave/, plus faim que vous ne pensez pas?