‹ ŒuvresChapitre 601 sur 629 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

A brûler constamment pour des beautés scvcres,

A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs,

A chercher le secours des soupirs et des pleurs,

Et tâcher par des soins d’une très longue suite D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.

Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits Pour aimer à crédit, et faire tous les frais.

Quelque rare que soit le mérite des belles,

Je pense, dieu merci, qu’on vaut son prix comme elles Que, pour se faire honneur d’un cœur comme le mien, Ce n’est pas la raison qu’il ne leur coûte rien;

Et qu’au moins, à tout mettre en de justes balances,

Il faut qu’à frais communs se fassent les avances.

Tu penses donc, marquis, être fort bien ici?

J’ai quelque lieu, marquis, de le penser ainsi. Crois-moi, détache-toi de cette erreur extrême:

Tu te flattes, mon cher, et t’aveugles toi-même.

Il est vrai, je me flatte et m’aveugle en effet.

Mais, qui te fait juger ton bonheur si parfait?

Je me flatte.

clitandre. Sur quoi fonder tes conjectures?

Je m’aveugle.

clitandre. En as-tu des preuves qui soient sûres?

Je m’abuse, te dis-je.

clitandre. Est-ce que , de ses vœux, Célimène t’a fait quelques secrets aveux?

Non, je suis maltraité.

clitandre. Réponds-moi, je te prie.

Je n’ai que des rebuts.

clitandre. Laissons la raillerie,

Et me dis quel espoir on peut t’avoir donné.

Je suis le misérable, et toi le fortuné;

On a pour ma personne une aversion grande,

Et, quelqu’un de ces jours, il faut que je me pende.

Oh çà! veux-tu, marquis, pour ajuster nos vœux,

Que nous tombions d’accord d’une chose tous deux? Que qui pourra montrer une marque certaine D’avoir meilleure part au cœur de Célimène,

L’autre ici fera place au vainqueur prétendu,

Et le délivrera d’un rival assidu?

Ah! parbleu! tu me plais avec un tel langage,

Et, du bon de mon cœur, à cela je m’engage.

Mais, chut!

LE MISANTHROPE

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