AGAMEMNON, AJAX
AGAMEMNON
Si j'ai vu contre nous ta fureur animée, Si de toi par le fer tu privas mon armée, Fier Ajax, aujourd'hui reviens à la raison; La rancune ici-bas n'est pas trop de saison. Pourquoi, jusqu'aux enfers, bouder ce pauvre Ulysse? On dirait que pour toi sa vue est un supplice. Abjure en ma faveur tes arrogants mépris ?
AJAX
Jamais ! De mon courage, il m'enleva le prix.
AGAMEMNON
Avais-tu seul des droits à cette préférence ?
AJAX
Seul ? non ; mais du succès j'avais quelque espérance. Achille pour parent , Ulysse pour rival , Mon triomphe était sûr. O changement fatal ! Vous qui valez cent fois ce fils du vieux Laerte,
336 OEuvres de Aîilievoye.
Que cent fois mon courage a sauvé de sa perte, Vous n'êtes point venu me disputer le prix. Lui seul y prétendait ; je n'en suis pas surpris : Il prouva sa valeur, lorsque, pour fuir la guerre, Sa main, d'un sel aride, ensemença la terre.
AGAMEMNON
N'accuse que Thétis : seule, elle t'a privé De ce noble héritage, à ton sang réservé.
AJAX
Je n'accuse qu'Ulysse.
AGAMEMNOX.
Ulysse aimait la gloire.
Les Troyens vous jugeaient ; il leur doit sa victoire.
AJAX
Je sais- trop... Mais des dieux respectons le secret. Quand des sacrés parvis Minei^ve descendrait, En dépit des yeux bleus de la sage immortelle, Je garderais ma haine, immortelle comme elle.
Traductions. 337