‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 76 sur 120 · AGAMEMNON, AJAX · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, AJAX

AGAMEMNON

Si j'ai vu contre nous ta fureur animée, Si de toi par le fer tu privas mon armée, Fier Ajax, aujourd'hui reviens à la raison; La rancune ici-bas n'est pas trop de saison. Pourquoi, jusqu'aux enfers, bouder ce pauvre Ulysse? On dirait que pour toi sa vue est un supplice. Abjure en ma faveur tes arrogants mépris ?

AJAX

Jamais ! De mon courage, il m'enleva le prix.

AGAMEMNON

Avais-tu seul des droits à cette préférence ?

AJAX

Seul ? non ; mais du succès j'avais quelque espérance. Achille pour parent , Ulysse pour rival , Mon triomphe était sûr. O changement fatal ! Vous qui valez cent fois ce fils du vieux Laerte,

336 OEuvres de Aîilievoye.

Que cent fois mon courage a sauvé de sa perte, Vous n'êtes point venu me disputer le prix. Lui seul y prétendait ; je n'en suis pas surpris : Il prouva sa valeur, lorsque, pour fuir la guerre, Sa main, d'un sel aride, ensemença la terre.

AGAMEMNON

N'accuse que Thétis : seule, elle t'a privé De ce noble héritage, à ton sang réservé.

AJAX

Je n'accuse qu'Ulysse.

AGAMEMNOX.

Ulysse aimait la gloire.

Les Troyens vous jugeaient ; il leur doit sa victoire.

AJAX

Je sais- trop... Mais des dieux respectons le secret. Quand des sacrés parvis Minei^ve descendrait, En dépit des yeux bleus de la sage immortelle, Je garderais ma haine, immortelle comme elle.

Traductions. 337

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