LA CIGALE
Quel heureux et brillant destin, Cigale aimable , est ton partage !
Sous le dôme d'un vert feuillage, Tu bois les parfums du matin, Et ta voix charme le bocage.
Pour toi, les trésors des saisons A l'envi s'empressent d'éclore :
Le laboureur t'aime et t'honore, Car tu respectes ses moissons.
Ton aspect réjouit la vue :
Il chasse les sombres autans; La messagère du printemps, En tous lieux, est la bienvenue.
Chère à Phébus, chère aux Neuf Sœurs, De leur divine mélodie Ils t'enseignèrent les douceurs.
Jamais la triste maladie, Jamais la vieillesse engourdie
1. On contestera sans doute à la cigale cette nature presque divine, que l'antiquité se plaisait à lui attribuer ; mais personne ne pourra contester à son panégyriste le charme qu'il a su répandre sur ces idées fabuleuses, charme toujours affaibli, même dans une traduction fidclc. {Note de l'auteur.)
■^66 OEuvres de Alillevoye.
N'oseront approcher de toi ; Prudente élève de Cybèle, Dans une jeunesse immortelle Des ans tu sais braver la loi.
Ton corps léger, noble cigale, Semble n'appartenir qu'aux cieux Que s'en faut-il, fille des dieux, Que des dieux tu ne sois l'égale?