MON GUIDE ET MON AMI
Philosophe modeste, ami sincère et tendre, Qui méritez la gloire et n'osez y prétendre , Ariste, recevez ce fruit de mes loisirs. De l'étude, par vous, j'ai goûté les plaisirs : C'est vous qui, le premier, par des avis sévères. Daignâtes corriger mes rimes trop légères ; Qui, le premier, du goût m'enseignâtes les lois, Et de l'expression la noblesse et le choix. Vos leçons m'ont formé : mes vers sont votre ouvrage ; Vous ne pouvez, Ariste, en dédaigner l'hommage. Jamais dans mes tableaux l'obscène nudité
I. C'est Jean Dumas, professeur de belles-lettres à l'École centrale des Quatre-Nations, lequel fut un des éditeurs des Œuvres de Millevoye, publiées en 1822.
50 Œuvres de Millevoye.
Ne vient effaroucher la pudique beauté :
Jamais surtout mon vers, qu'aucun fiel n'envenime,
N'immole un honnête homme au besoin d'une rime.
Je hais le satirique et son rire moqueur :
Il brille par l'esprit, mais aux dépens du cœur.
Oh ! si le dieu des vers, protégeant ma jeunesse,
Et me guidant lui-même aux rives du Permesse,
Daigne, un jour, à mes vœux accorder ses présents,
J'ornerai votre front de mes lauriers naissants.
Mais si la noire envie, à nuire toujours prête.
S'agite et fait siffler ses serpents sur ma tête.
Si Zoïle affamé déchire mes écrits,
Cherchant, pour l'oublier, vos entretiens chéris,
Au sein de l'amitié touchant en paix ma lyre.
Je me consolerai des traits de la satire.