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LA PIQURE

Une abeille, dans un vallon, Prit Céphise pour une rose, Et piqua de son aiguillon Sa bouche fraîche à demi close :

La belle fit un cri perçant ; Sa sœur accourut à son aide :

I . Les Plaisirs du Poète, i^^ édition, an X. Réimprimé avec ce titre : le Remède, dans le Chansonnier des Dames, i8qi,

Chansons. 263

Aussitôt, de ce mal cuisant, Un doux baiser fut le remède.

Par hasard, assis près de là, Avec son chien et sa musette, Licas à Céphise envia Le baiser, que donna Lisette :

« Que j'aimerais, dit-il tout bas.

Le doux baume qu'elle possède !

Quels maux ne souffrirait-on pas.

Pour obtenir pareil remède ? »

Dès le lendemain, le berger Voulut essayer la recette.

D'un mal cruel, mais mensonger.

Il alla se plaindre à Lisette :

« Une abeille, dit le fripon.

Causa la douleur qui m'obsède ; Accordez-moi ma guérison...

Vous avez un si bon remède ! »

Lisette n'ose refuser

Le secours que Licas réclame ;

Il le reçoit, et le baiser

Passe de sa bouche à son âme.

Il guérit d'un mal qu'il n'a pas,

Mais un plus grand bientôt l'obsède :

Ce mal, c'est l'amour... Ah ! Licas!

Celui-là n'a point de remède.

264 OEuvres de Millevoye.

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