EX LUI EXVOYANT LE POÈME DE
L'Amour mater 7iel.
A toi ! très aimable païen , Demi-sacré , demi-profane ; Bon poète, mauvais chrétien, Qu'Apollon sauve, et que Dieu damne!
Chante Satan et Belzébut, Caresse l'Amour et sa mère :
A la Vertu, matrone austère, Je consacre un chaste tribut.
I. Voici la réponse de Parny à Millevoyej publiée dans les Quatre Saisons du Parnasse, 2*^ édition, i8o(>, Été.
II est vrai, j'ai, dans mes beaux jours, Chanté de profanes amours :
Du rigorisme qui me damne, Adoptez-vous l'arrêt cruel ?
Cet amour que l'on dit profane Commence l'amour maternel ; Vous achevez donc mon ouvrage.
Mais honneur à votre Apollon, Et que l'humble fleur du vallon Au lis des Jardins rende hommage!
Votre verve est brillante et sage; Aux petits charlatans moraux.
Qui viennent au pied du Parnasse Établir d'ennuyeux tréteaux,
312 OEuvres de Millevoye.
Mes vers n'ont rien qui scandalise Dans l'oratoire de Vénus, On répète tes or émus; Tu plaisantes : je moralise.
Nous avons chacun notre emploi. Ainsi, dans la même famille, J'édifierai la mère, et toi.
Tu feras soupirer la fille.
Tu célèbres la volupté, Moi, la tendresse maternelle :
Ma part est la vie étemelle; La tienne, l'immortalité.
Vous laissez leur risible échasse, Et leur vieux baume inefficace, Et le vide pompeux des mots.
Un sentiment vrai vous inspire, Et vos chants sont purs comme lui.
D'autres feront crier la 13're :
Combien de beaux vers aujourd'hui Que sans fatigue on ne peut lire!
Poursuivez donc et laissez dire Ces graves et doctes élus.
Si bien payés et si peu lus, Dont la muse tout emphatique Préfère, à l'élégance antique, A la justesse, à la clarté.
Parures du chant didactique, D'un nouveau pathos poétique L'ambitieuse obscurité.
Poésies fugitives. 313