‹ ŒuvresChapitre 24 sur 192 · LA SOIREE · texte numérisé non relu

LA SOIREE

J'entends la cloche de la nuit, Qui vers la cité nous rappelle; Le char léger qui nous conduit Fend les airs : la route s'enfuit, Le plaisir s'enfuit avec elle.

Des simples charmes du vallon, Aux pompeux ennuis du salon.

Il faut passer, ma bien-aimée !

Pour nous, vingt flambeaux éclatants Vont remplacer, dans peu d'instants.

Le demi-jour de la ramée.

Nous allons, pour de froids discours, Graves à la fois et frivoles, Quitter ces entretiens si courts Et qui renfermeront toujours Plus de baisers que de paroles.

Mais, en dépit de tes atours, Mon souvenir tendre et fidèle Te reverra cent fois plus belle

Elégies. 75

Dans la parure des amours.

A cet odorant diadème,

Oui du front de celle que j'aime

Egale à peine la fraîcheur,

Je reconnaîtrai l'humble fleur.

Dont j'ornai sa tête chérie.

Avant de quitter la prairie

Qui fut témoin de mon bonheur.

Pardonne ; mais, sur ton visage,

Je chercherai le doux ravage.

Trace de nos plaisirs secrets;

Et mon œil, qui sur tant d'attraits

Avec volupté se repose,

Voudra démêler dans tes traits

Une aimable métamorphose :

Car, aux yeux ravis d'un amant.

Le l)'s peut effacer la rose :

Le coloris le plus charmant

Est la pâleur dont il est cause.

LA CHUTE DES FEUILLES

De la dépouille de nos bois L'automne avait jonché la terre ; Le bocage était sans mystère, Le rossignol était sans voix.

Triste, et mourant à son aurore.

Un jeune malade, à pas lents, Parcourait une fois encore Le bois, cher à ses premiers ans :

« Bois que j'aime, adieu, je succombe !...

Votre deuil a prédit mon sort.

Et dans chaque feuille qui tombe

Je lis un présage de mort.

Fatal oracle d'Épidaure,

Tu m'as dit : « Les feuilles des bois

« A tes yeux jauniront encore,

« Et c'est pour la dernière fois.

« La nuit du trépas t'environne;

« Plus pâle que la pâle automne,

« Tu t'inclines vers le tombeau.

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LA CHUTE DES FEUILLES

Elégies. 77

v< Ta jeunesse sera flétrie,

« Avant l'herbe de la prairie,

« Avant le pampre du coteau. »

Et je meurs ! De sa froide haleine

Un vent funeste m'a touché.

Et mon hiver s'est approché.

Quand mon printemps s'écoule à peine.

Arbuste en un seul jour détruit.

Quelques fleurs faisaient ma parure.

Mais ma languissante verdure

Ne laisse après elle aucun fruit.

Tombe, tombe, feuille éphémère!

Voile aux yeux ce triste chemin.

Cache au désespoir de ma mère

La place où je serai demain.

Mais, vers la solitaire allée

Si mon amante désolée

Venait pleurer quand le jour fuit.

Éveille par un léger bruit

Mon ombre un instant consolée. »

Il dit, s'éloigne... et sans retour !

La dernière feuille qui tombe A signalé son dernier jour.

Sous le chêne, on creusa sa tombe, Mais ce qu'il aimait ne vint pas Visiter la tombe isolée ; Et le pâtre de la vallée Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausolée.

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