LE TOMBEAU D'AGLAURE
Daphnis a perdu son Aglaure ; Aglaure n'entend plus ses vœux:
Mais il pleure ce qu'il adore, Dernier plaisir des malheureux.
Respectons cette auguste enceinte, C'est là qu'il vient la regretter :
Je l'entends murmurer sa plainte...
Arrêtons-nous pour l'écouter.
« O toi qu'en vain j'appelle encore, Triste objet de mes pleurs amers !
La tombe s'ouvre, et te dévore...
Je reste seul dans l'univers.
Doit-on mourir, quand on est belle!
Ah ! si la vertu, si l'^amour.
Donnaient une vie immortelle, Tu n'aurais pas perdu le jour !
1. Les Plaisirs du Poète, 2^ édition, 1804. Cette romance est une variante de celle qui figurait dans la première édition. Voy. ci-dessus, p. 237.
Romances. 241
%< De deux amans l'aspect m'afflige ; Leurs plaisirs pour moi sont perdus :
Hélas! ils sont heureux, me dis-je; Je l'étais, je ne le suis plus!
Qu'une voix, peignant la tendresse, Chante son amoureux souci.
Moi, je me dis avec tristesse :
Mon Aglaure chantait aussi... »
Disant ces mots, son cœur se serre; Les sanglots étouffent sa voix; Avant de quitter cette terre, Il la fixe encore une fois.
« Vers toi, dit-il, ma bien-aimée, Chaque jour je veux revenir...
Mais sur ta cendre inanimée, Je n'ai plus longtemps à gémir. »