LES DIVERS SENTIERS
Sortant du chemin de l'enfance, Mille sentiers frappent mes yeux; Je m'arrête : le Temps s'avance, Me pressant de choisir l'un d'eux.
« Pour te distinguer et pour plaire, Prends, me dit-il, le moins connu :
Crois-moi, le pied ne marque guère Dans un sentier déjà battu.
« Celui que trace la Prudence Par tes yeux ne peut être vu.
Cherche celui de l'Innocence :
Depuis longtemps il est perdu.
Pour l'Amour (j'en donne la preuve A bien plus d'un nouveau venu).
Souvent la route, qu'on croit neuve, Est un sentier déjà battu. »
I. Cette romance, que nous n'hésitons pas à donner à Millevoye, maigre la négligence des rimes, est imprimée, sans nom d'auteur, dans, les Pensées de la Petite Encyclopédie poétique (180$), où notre poète a inséré bien des pièces anonymes qu'il n'a jamais revendiquées.
244 OEuvres de Millevoye.
« Vois-tu celui de la Constance ?
C'est un chemin presque inconnu.
Celui du Plaisir semble immense :
Dans l'instant, il est parcouru. Ce choix encore t'embarrasse?
Prends le chemin de la Vertu :
Crains surtout d'en perdre la trace, Car ce sentier n'est pas battu.
^ENCORE UN TROUBADOURi
Romance dédiée à M'"^ Raoul
Voyez-vous triste et solitaire Errer ce jeune troubadour ?
Il aime, mais il doit se taire :
Le respect l'ordonne à l'amour. •
Celle qu'il adore en silence Le fuit peut-être sans retour :
Il va subir peines d'absence.
Sans connaître plaisirs d'amour.
Auprès d'elle chacun s'empresse :
Riches amants lui font la cour,