CAPRICE
Lorsqu'à fillette aimable et tendre La mère gravement fait la leçon, le soir ; Lui prêche la pudeur, la vertu, le devoir. Et que la folle enfant, ne voulant rien entendre. Revole de plus belle aux bras de son amant. L'amour en elle agit moins que l'entêtement.
Mais quand la mère tout en liesse.
Voit sa fille docile oublier son amour Et qu'elle s'applaudit de ce brusque retour. Elle ne connaît pas, à coup sûr, la jeunesse : Dans ce cher petit cœur, naguère si lètu, L'inconstance a plus fait cncor que la vertu !
Elégie
0 mon amour, foyer dont j'élouffe la flamme ;
Toi que je condamne au cercueil Bien qu'au soleil la vie à grands cris te réclame î Oiseau d'or qui voudrais suivre à ses pieds mon àme^ L'inconsolable veuve aux vêlements de deuil !
Qu'as-tu donc fait pour être ainsi repoussé d'elle,
0 mon naïf et noble amour D'où vient qu'à ton passé toi seul restes fidèle, Et que, comme en hiver l'exilée hirondelle. Vers son cœur, ton doux nid, tu songes au retour ?
Il n'osl plus de rcloiir possible vers celle ange.
Du haut de mon rêve enchanté Je suis tombé mourant dans les pleurs et la fange. Mais Dieu, que j'oubliais, m'en relire et me venge ; Elle a brisé mon cœur : il brise sa beauté.
Vainement sa prière invoque le Dieu juste.
Dieu n'exauce pas les ingrats.
Il a mis, comme un ver dans le cœur d'un arbuste, Le remords dans son sein, et mon amour robuste Contre son désespoir ne lui tend plus les bras.
JII
Tu ne pouvais marcher seule ainsi dans la vie,
Ange si frêle et si charmant.
A ton signal, mes pieds l'auraient partout suivie. Mes bras t'auraient toujours protégée et servie : J'eusse été tout amour pour loi, tout dévoûmenl.
Tu ne l'as plus voulu. Le dédain dont tu l'armes A flétri ce bonheur si doux,
El tu ne l'as pas même honoré de les larmes ; Mais depuis, la douleur dévore en loi les charmes Qui m'ont tenu, trois ans, heureux à les genoux.
Où donc esl la jeunesse et ce qui la fit Lelle :
Les éclairs de tes yeux ardents.
Ta brune chevelure à l'ivoire rebelle, La fraîcheur dont la joue à ton âge étincelle, La pourpre de ta lèvre et l'émail de les dents ?
Et le repos du soir, l'été, dans nos prairies
Où, comme en de moelleux coussins.
Quand pâlissait l'éclat des étoiles chéries. Tu laissais, en partant, sur les herbes fleuries L'empreinte parfumée et ronde de les seins ?
Comme on pare l'autel des vierges pour leur fête,
Dieu lit tes attraits pour l'amour.
Aussi les longs cheveux qui couronnaient ta tète, Los perles de la bouche à rire toujours prèle, Dès que lu n'aimas plus tombèrent tour à tour.
Ta gorge, dont l'amour que ton cœur répudie Aimait la solide blancheur.
Et que, pour s'y loger en dieu, sa main hardie Avec ampleur et grâce avait tant arrondie, A suivi les cheveux, tes dents et la fraîcheur î
Et c'est pourquoi ta vie à mes yeux s'est fermée,
A moi qui t'ouvrais mes deux bras.
L'affreuse vérité, tout me l'a confirmée : Te voilà laide, enfin, laide, ô ma bien-aimée, Autant que je suis triste, autant que je suis las î
0 jeunesse, ô beauté î baisers : divins poèmes î
Nuits d'étoiles, jours de soleil !
Rien ne nous reste, ô Dieu, des biens qu'en nous tu sèmes Et rien ne peut guérir nos blessures suprêmes Que la mort, pâle fleur de l'éternel sommeil î