‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 22 sur 96 · XXXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE

tre l'harmonie de l'ensemble et donne des regrets ou des appréhensions.

Puis, quand je quitte les épreuves, que le volume m'arrive en son habit de départ et de fête, que je me mets à le lire, non plus en critique, mais en lecteur qui y cherche son plaisir, alors je trouve des beautés, j'admire, je n'ose plus louer mon jeune maçon, je me dis qu'il faut avoir de la modestie pour lui, et tout rassuré, donnant le dernier congé au livre, je m'écrie : il réussira !

Dans les villes d'Italie, me racontait un jour un de nos jeunes et populaires compositeurs, M. Scudo, l'auteur de ces gracieux motifs qui ont pénétré partout, chantant le fil de la vierge et l'hirondelle du prisonnier, dans les villes d'Italie, dès qu'un talent s'est révélé, s'est acquis quelque distinction , ses concitoyens s'en glorifient ; ils le revendiquent en honneur pour le berceau natal, et si son nom est prononcé quelque part, ils se hâtent de dire : « E il nostro concitadino! » Toulon, où est né Poney, a montré qu'il y a encore, dans nos cités méridionales, de cette chaleur artistique. Pour aider le jeune maçon à donner au jour son œuvre

SUR PONCV XXXV

poétique, en moins d'une semaine, plus de quatre cents noms, sans distinction de rang, de fortune, ni d'opinions, se sont trouvés réunis. La cité a compris que parmi ses pauvres enfants elle recelait une âme d'élite qui allait lui donner un poète.

Je n'ai plus qu'un dernier conseil à inscrire. Si ce beau titre de poète vous est confirmé par la voix de tous, Poney, ne cessez pas d'être ouvrier maçon. Songez que dans votre truelle est votre gagne-pain, votre repos, votre dignité d'esprit et aussi votre véritable inspiration. Restez poète du peuple, venu de lui et dévoué à lui. Mais surtout , évitez que ce préjugé vulgaire et malheureux ne se répande autour de vous : « la poésie lui fait négliger la besogne; » car le travail se retirerait de vous. Soyez toujours un des bons ouvriers, un des ouvriers actifs, zélés, adroits du pays, et écrivez-moi souvent, comme cet hiver : « Nous avons beaucoup de toitures à faire ou à raccommoder en ce moment : la poésie attendra que j'en aie fini avec le travail.»

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