‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 30 sur 96 · SUR PONCY XLV · texte numérisé non relu

SUR PONCY XLV

plissé, à la main ferme, au doigt impérieux sous lequel l'orage obéit ;

Et Vous, enfin, pour qui ses entrailles n'ont pas de profondeur inaccessible, qui ajoutez à la magie des couleurs la magie des sons, avec la sainteté de l'enseignement; qui faites passer dans vos vers jusqu'au bruit de ses vagues, jusqu'aux grandes leçons que sa voix raconte à l'humanité ?

Sans compter d'autres noms encore, que vous et moi connaissons, et qui, peut-être, seront célèbres un jour.

Poney m'a raconté quelquefois que, lorsque le succès de son premier volume de poésies lui arriva, avec toutes les adulations, toutes les séductions qui marchèrent à la suite, toutes les excitations à quitter sa province et son métier, à rechercher un théâtre plus large et plus élevé, un sort plus digne de lui, il eut des jours d'éblouissement, des jours de luttes intérieures qu'il appelle, en riant, des luttes homériques. En moins d'une semaine il avait triomphé ; son parti était pris, et d'une manière irrévocable : il restait ouvrier maçon.

XLVÎ NOTICE

A mes Joui/les travaux je veux rester fi Kle,

Et bien de? fois encore, au bruit Je la truelle,

Dans no? bruyants chantiers à tous les vents ouverts,

Je mêlerai le bruit harmonieux des vers.

Il semblerait naturel qu'une fois cette profession adoptée, il dût songer à y apporter quelque chose de sa riche intelligence, qu'on le vit bientôt s'élever au-dessus du travail manuel et se pousser à l'architecture. Mais quoi ? c'eût été une dérivation de ses facultés vers un but étranger. L'architecture, elle aussi, est une poés:e, il est vrai ; cette poésie, il la sent, il la fait passer dans ses vers comme toutes les autres ; mais, en pratique, ce n'est pas la sienne. Ce qu'il est, comme travailleur, et pour vivre, sans nul souci, de son état : ce n'est pas architecte, ce n'est pas maître, c'est ouvrier maçon.

Désirée, la jeune, fille au profil grec de son premier volume, la pure orpheline, son conseil et son ange gardien, est devenue sa femme. Tout est vrai, tout est saint, tout est poétique dans sa vie. Comme il lui adressait jadis ses inspirations, il les lui adresse encore aujourd'hui: comme il la consultait, le soir, à la veillée, il la

SUR rONCY . XLVII

consulte encore maintenant, à la même heure, auprès d'un petit berceau où repose un enfant endormi.

Le jour je suis maçon, le soir je suis poète, Mes jours sont au travail et mes soirs sont à vous. Ouvrier, tout le jour ma pensée est muette : Poète, tout 1> soir je chante à vos genoux.

Les progrès que Charles Poney a fait depuis 1842 sont remarquables dans ses œuvres. Le rhytme est mieux cadencé ; la phrase a plus de fini, plus de précision; l'instruction, à l'aide d'un travail opiniâtre durant les nuits, s'est étendue et consolidée ; le sentiment est plus onctueux ; la pensée morale plus forte et plus fréquente ; le grand art, l'art si difficile et si essentiel, de bien terminer une composition, lui est acquis. Enfin une idée générale apparaît comme l'âme de sa poésie : l'idée d'une pacification à venir, d'une fusion, d'un bonheur fraternels vers lesquels il appelle l'humanité :

(^ar Dieu même entre tous a réparti les lots : La terre aux laboureurs, la mer aux matelots A tous l'espoir, à tous la vie, à tous le monde !

XLYITI NOTICE

Depuis un an il a conçu et il s'est donné une belle mission. Il veut se faire le chansonnier du travail. Il veut choisir les différents métiers qui sont des types primitifs de tout temps et de tout lieu, ou des types nouveaux vigoureusement en saillie, et jeter dans un monde poétique et varié la chanson de chacun de ces métiers : avec la gaité du travailleur, le contentement de sa profession, l'amour du foyer, de la famille et de ses semblables, la dignité de soimême, la pensée de Dieu !

Déjà il a heureusement exécuté un grand nombre de ces chansons : celle du Guingue'Aier, qui ouvre la série, parce que c'est là que tous les métiers commencent par se donner rendezvous ; celle du Boulier, chantant et avançant toujours, à petit pas, sur la grand'route, malgré sa rapide et bruyante rivale, la vapeur, qui le menace; celle du Laboureur, du Boulanger, du Menuisier, du Forgeron, de V Orgue de Barbarie, plusieurs autres encore ; et, à la dernière page, pour mettre fin à toutes, la chanson du Fossoyeur, dans laquelle le poète relève, avec mélancolie, de son injuste abaissement, l'ouvrier qui se dévoue au dernier labeur dont

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