LA COURONNE D'ÉPINE DU POÈTE
Pourquoi me brûles-tu, ma couronne d'épine ? Depuis le jour fatal où mon front te ceignit, Où le feu du génie embrasa ma poitrine Comme l'astre du jour embrase le zénith, Sais-tu que les beaux jours ont déserté ma vie ; Qu'une langueur secrète a désolé mon cœur, Et que ce cœur blessé, mais plein de poésie, Cherche un remède à sa douleur !
Pourquoi me brûles-tu , ma couronne d'épine ? Du Tasse et du Camoens dois-je subir le sort? Des rides sur mon front la trace se dessine ; M'as-tu donc épuisé dans mon premier effort?...
Veux-tu donc condamner le jeune enthousiaste A s'éteindre, impuissant, sous un soleil glacé, A languir sous l'éclat d'une étoile néfaste, A mourir pauvre et délaisse?
Pourquoi me brûles-tu, ma couronne d'épine?... Et, soudain, j'entendis, à ce troisième appel, Le génie élever sa voix sombre et chagrine, Et jeter sur mon sort cet oracle du ciel : « Du Dieu qui la ceignit l'éclatante victoire, " Du Tasse et du Camoens les destins rigoureux, « Ont placé sur leur front l'auréole de gloire; « Souffre, et tu brilleras comme eux ! »
Brûle-moi, brûle-moi, ma couronne d'épine ! Brûle-moi, je le veux ! pour te porter, mon front Puisera dans mon sein une force divine : Brûle-moi,... vers le ciel mes chants s'élèveront î Mourir inaperçu sur cette triste terre. . Ah ! cette horrible idée a soulevé mon cœur. Je monterai ma croix au sommet du calvaire; Je serai grand par la douleur !.. . .