UNE VAGUE
Li voyez-vous venir ! Comme elle se replie, Et comme elle grandit :. . . comme elle multiplie
Les sillons de son front ; Et comme elle obéit à la noire tempête Oui, pareille à l'éclair, a fait surgir sa tète
D'un abîme sans fond !
Telle qu'un long serpent qui poursuit une proie Et qui siffle en rampant, elle rugit de joie
A l'approche des rocs Dont les pieds calcinés ceignent la vaste plage ; On dirait qu'elle veut, brisant contre eux sa rage,
En dissoudre les blocs!
La voilà près du borL Son front mouvant frissonne. Se hérisse dans Pair ; sa masse d'eau bouillonne
Dans ses verdàtres flancs ; Elle heurte le roc où Fonde en courroux fume ; Et Ton prendrait les jets de son casque d'écume
Pour des panaches blancs.
Elle monte en fumée, en pluie elle retombe,. Puis elle rebondit et, pareille à la trombe,
Tourbillonne dans l'air.
Enfin, comme un lion au seuil de sa tanière, Elle secoue au vent son humide crinière
Et rentre dans la mer.