‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 57 sur 66 · LISETTE TUEE FAR ROBIN · texte numérisé non relu

LISETTE TUEE FAR ROBIN

Lisette, à qui 1 on faîsoit tort ,

Vint à Robin tout éplorée ,

Et lui dit: Donne-moi la mort,

Que tant de fois j'ai désirée.

Lui, qui ne la refuse en rien ,

Tire son. . . vous m'entendez bien ;

Puis au bas du ventre la frappe.

Elle , qui veut finir ses jours ,

Lui dit: Mon cœur , pousse toujours ,

De crainte que je n'en réchappe.

Maïs Robin , las de la servir ,

Craignant une nouvelle plainte ,

Lui dit: Hâte-toi de mourir ,

Car mon poignard n'a plus de pointe.

STANCES

VJuind sur moi je jette les yeux , A trente ans me voyant tout vieux , Mon cœur de frayeur diminue:

Etant vieilli dans un moment , Je ne puis dire seulement Que ma jeunesse est devenue.

Du berceau courant au cercueil ,

3o3 MATHURI5 RE G K 1ER.

Le jour se dérobe à mon œil , Mes sens troublés s'évanouissent.

Les nommes sont comme des fleurs , Qui naissent et vivent en pleurs , Et d'heure en heure se fanissent.

Leur âge , à l'instant écoulé Comme un trait qui s'est envolé , Ne laisse après soi nulle marque ; Et leur nom ? si fameux ici , Sitôt qu'ils sont morts meurt aussi , Du pauvre autant que du monarque.

N'aguères , verd , sain etjpuissant Comme un aubepin florissant Mon printemps étoit délectable.

Les plaisirs logeoient en mon sein ; Et lors étoit tout mon dessein Du jeu d'amour et de la table.

Mais , las ! mon sort est bien tourné ? Mon âge en un rien s'est borné ; Foible languit mon espérance.

En une nuit , à mon malheur , De la joie et de la douleur J'ai bien appris la différence !

Ha ! pitoyable souvenir !

Enfin, que dois-je devenir?

Où se réduira ma constance ?

Etant jà défailli de cœur , Qui me don ra de la vigueur Pour durer en la pénitence ?

Qu'est-ce de moi ? Foible est ma main ; Mon courage, hélas ! est humain ; Je ne suis de fer , ni de pierre.

En mes maux montre-toi plus doux , Seigneur; aux traits de ton courroux Je suis plus fragile que verre.

Le soleil fléchit devant toi ; De toi les astres prennent loi ; Tout fait joug dessous ta parole :

Et cependant tu vas dardant Dessus moi ton courroux ardent , Qui ne suis qu'un bourrier qui vole.

Mais quoi ! si je suis imparfait ?

Pour me défaire m'as-tu fait?

Ne sois aux pécheurs si sévère.

Je suis homme, et toi Dieu clément!

Sois donc plus doux au châtiment , Et punis les tiens comme père.

Le tronc de branches dévêtu , Par une secrette vertu Se rendant fertile en sa perte , De rejetons espère un jour

Oo\ M AT H UR IN REGNIER.

Ombrager les lieux d'alentour , Reprenant sa perruque verte.

Où , l'homme en la fosse couché , Après que la mort l'a touché , Le cœur est mort comme l'écorce :

Encor l'eau reverdit le bois ; Mais l'homme étant mort une fois , Les pleurs pour lui n'ont plus de force.

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