LISETTE TUEE FAR ROBIN
Lisette, à qui 1 on faîsoit tort ,
Vint à Robin tout éplorée ,
Et lui dit: Donne-moi la mort,
Que tant de fois j'ai désirée.
Lui, qui ne la refuse en rien ,
Tire son. . . vous m'entendez bien ;
Puis au bas du ventre la frappe.
Elle , qui veut finir ses jours ,
Lui dit: Mon cœur , pousse toujours ,
De crainte que je n'en réchappe.
Maïs Robin , las de la servir ,
Craignant une nouvelle plainte ,
Lui dit: Hâte-toi de mourir ,
Car mon poignard n'a plus de pointe.
STANCES
VJuind sur moi je jette les yeux , A trente ans me voyant tout vieux , Mon cœur de frayeur diminue:
Etant vieilli dans un moment , Je ne puis dire seulement Que ma jeunesse est devenue.
Du berceau courant au cercueil ,
3o3 MATHURI5 RE G K 1ER.
Le jour se dérobe à mon œil , Mes sens troublés s'évanouissent.
Les nommes sont comme des fleurs , Qui naissent et vivent en pleurs , Et d'heure en heure se fanissent.
Leur âge , à l'instant écoulé Comme un trait qui s'est envolé , Ne laisse après soi nulle marque ; Et leur nom ? si fameux ici , Sitôt qu'ils sont morts meurt aussi , Du pauvre autant que du monarque.
N'aguères , verd , sain etjpuissant Comme un aubepin florissant Mon printemps étoit délectable.
Les plaisirs logeoient en mon sein ; Et lors étoit tout mon dessein Du jeu d'amour et de la table.
Mais , las ! mon sort est bien tourné ? Mon âge en un rien s'est borné ; Foible languit mon espérance.
En une nuit , à mon malheur , De la joie et de la douleur J'ai bien appris la différence !
Ha ! pitoyable souvenir !
Enfin, que dois-je devenir?
Où se réduira ma constance ?
Etant jà défailli de cœur , Qui me don ra de la vigueur Pour durer en la pénitence ?
Qu'est-ce de moi ? Foible est ma main ; Mon courage, hélas ! est humain ; Je ne suis de fer , ni de pierre.
En mes maux montre-toi plus doux , Seigneur; aux traits de ton courroux Je suis plus fragile que verre.
Le soleil fléchit devant toi ; De toi les astres prennent loi ; Tout fait joug dessous ta parole :
Et cependant tu vas dardant Dessus moi ton courroux ardent , Qui ne suis qu'un bourrier qui vole.
Mais quoi ! si je suis imparfait ?
Pour me défaire m'as-tu fait?
Ne sois aux pécheurs si sévère.
Je suis homme, et toi Dieu clément!
Sois donc plus doux au châtiment , Et punis les tiens comme père.
Le tronc de branches dévêtu , Par une secrette vertu Se rendant fertile en sa perte , De rejetons espère un jour
Oo\ M AT H UR IN REGNIER.
Ombrager les lieux d'alentour , Reprenant sa perruque verte.
Où , l'homme en la fosse couché , Après que la mort l'a touché , Le cœur est mort comme l'écorce :
Encor l'eau reverdit le bois ; Mais l'homme étant mort une fois , Les pleurs pour lui n'ont plus de force.