A M. LE CHEVALIER DE CUAUVELIN
SUR l'élection d'un hoine abbé.
Facit ituUgnatio versum. Svv.
D'une taverne monacale Où tout fermente en ce moment Pour la patente abbatiale Et le premier bât du couvent.
Très indifférent que l'on nomme Don Luc , don Priape , ou don Gôme y Rempli d'un plus cher souvenir.
Dans la longue mélancolie De ta fengeuse Westpbalie , Ami , je viens l'entretenir ; Et, malgré les omuis extrêmes Où tes beaux joui? sont arrêtés , Mon amitié dans ces lieux n Voit le plaisir à tes côtés.
Tandis que de l'urne fatale Va sortir le destin brillant
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De l'automate révérend Que prétend mitrer sa cabale - Pour s'enivrer impunément Sous sa crapule pastorale ; Échappé de la pesanteur Des moines au ton flagorneur, Aux maussades cérémonies , Et délivré de la longueur De leurs assommantes orgies, Je parcours ces boïs, ces prairies.
Dont on va nommer le seigneur.
Oh ! qu'ici de l'erreur coounune Mon coeur moins que jamais épris , Des misères de la fortune Conçoit aisément le mépris 1 Quoi 1 ces vergers , ces belles plaines , Ces ruisseaux , ces prés , ces étangs , Ces forêts de l'âge des temps , Ces riches et vastes domaines , Tout sera dans quelques instants, Âqui?.... Charmante solitude , Séjour jait pour n'être habité Que par l'heureuse liberté , L'amitié, l'amour, et l'étude, La sagesse, et la volupté.
De quelle vile servitude Tu subis la fatalité !
Un obscur et pesant reptile,
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] L'ABBAYE
Un être platement Umdu , Simulacre ignare , imbécile , De la terre poids inutile , Un moine , le portrait est vu , Un moine va se voir ton œattre !
Et cet épais et lourd ca&rd Qu'ébaucha le ciel an hasard Pour végéter, ronfler, et paître , Grâce à la feveur du destin Et d'une audientîque patente , De cent mille livres de rente Va devenir le souverain I Dans ce char que suivoient ses pères L'âne mitre va se montrer, £t régner sur ces mêmes terres Qu'il étoit né pour labourer !
O vous , défuntes seigneuries , Vous , preux barons à courts manteaux , Hauts-justiciers, grands-sénéchaux.
Des antiques chevaleries Vieux châtelains, mânes dévots, Dont j'aperçois les armoiries Sur les débris de ces châteaux , Où. de gros moines en r^>os , Munis de vos Chartres moisies , Broutent et boivent sur vos os , Sans prier pour vos effigies , Bons seigneurs , que vous édez sots !
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Vous avez cru de voa largesses Doter rHooneor, ta Piété , Et laisser avec vos richesses Des pères à la Pauvreté ; Que le Dieu juste récompense Vos beuoites iuteutions !
Mais que l'avare et basse engeance Qu'engraissent vos fondations A bien trompé votre espérance 1 Oh ! quel peuple avez-vous rmté?
L'hypocrite Perversité , La lubrique Fainéantise, La stupide Imbéàlltté, L'Avarice , la Dureté , La Chicane , la Fausseté , Tous les travers de la Bêtise , Et tous les vices qu'éternise L'impure et brute Oisiveté.
Ces repaires de la Paresse, Ces gouHres creusés par vos mains.
C'est là que s'abîment sans cesse Les richesses des lieux voiùns; C'est pour ces massives statues, C'est pour ce peaplede sangsues Que le labooreur vertueux, Accablé d'ans et d'amertume , Avec des en&nts malheureux Veille , travaille , se consume
i6o LABBAYË.
Dès que laube éclaire les cieux.
Ainsi , par des lois déplorables , La douloureuse pauvreté De tact de mortels respectables Enrichit Tinutilîté De ces feïnéants méprisables , La &oge de l'humanité 1 Tels ces cadavres homicides , Ces vampires , de sang avides , Des vivants étemels bourreaux , Par tes secours d'un art impie Desséchant les sucs de la vie Dans des corps Uvrés au repos , S'engraissent au fond des tombeaux.
O ma chère patrie 1 ô France 1 Toi chez qui tant d'augustes lois De tes sages et de tes rois Immortalisent la prudence.
Gomment laisses-Ui si long-temps Bavir ta plus pure substance Par ces insectes dévonmts Que peut écraser la puissance, .
Et dont l'inutile existence Revient t'arracher tous les ans Les moissons de tes plus beaux champs , Et des biens dont la jouissance Devoit être la récompense De tes véritables entants?
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Quels contrastes , dont ta sagesse PouiToit af&authir tes états !
Je vois en proie à la paresse Ce «jue le travail n'obtient pas.
Ce guerrier qui , dès sa jeunesse, T'immola ses biens , son repos , Chargé du poids de sa tristesse £t d'une indigente noblesse , Après soixante ans de travaux Tratoe sa pénible vieillesse ; Ces esprits feits pour t'illnsCrer, Pour te plaire, et pour t'éclairer.
Tous ces sages dont la Imqière Va dans les autres nations Augmenter ta gloire première , Souvent dans toute leur carrière Négligés , privés de tes dons, Meurent méconnus de leur mère:
Au sein d'un cbamp iniructueux , Sans soulagement, sans salaire , Ce prêtre pauvre et vertueux , Environné de la misère , Triste pasteur des malheureux Qu'il édifie et qu'il éclaire , Les console , et soufifre plus (pi'eux.
C'est sur ces hommes nécessaires Que tes bien&ûts sont invoqués; Qu'à changer leurs destins contiaires
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i L'ABBAYE.
De tant d'avortons solitaires
Les biens oisifs soient appliqués ;
De l'abyme des monaatères
Qu'à ta voix ils soient évoqués;
Et renvoie au soc de leurs pères
Tant de laboureurs enlroqués.
Tes arts divers te redemandent
Tant d'hommes mis au rang des morts ;
Tes droits , tes besoins les attendent
Sous tes drapeaux et dans tes ports.
La postérité gémissante
Un joiu- regrettera ces biens ;
Et l'humanitQ languissante
Perdant des pères , des soutiens ,
A ces goullres , qui t'appauvrissent ,
Des races qui s'anéantissent
Redemande des citoyens.
Contemple tes champs et tes villes;
Vois tes pertes et ton erreur.
Autour de ces riches asiles
Où cet avare possesseur,
Ce moine , absorbe avec hauteur
Tous les fruits dé ces bords fertiles,
Que d'hommes qui seroient utiles
A ta richesse , à ta grandeur,
Maudissant leurs eGEbrts stériles ,
Dépérissent dans la douleur !
Us craignent le titre de père ,
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ÉPITRE iX.
N'ayant à laisser que des pleurs Aux héritiei'S de leurs malheurs; Ils te privent dans leur misère D'un peuple de cultivateurs.
De tes biens le plus nécessaire.
Ami , je devine aisément Que , pour dérider la morale De ce sérieux argument.
Tu me réponds en ce moment Que , sans le sceau du sacrement Et de la couche nuptiale , Â l'état ordinairement On voit l'espèce monacale Fournir aussi son contingent; Je le sais; mais dis-moi toi-même Que servent au bien de l'état Ces fruits impurs du célibat Nés dans l'opprobre et l'anathème?
Quels sont les monuments honteux De tous ces sacrés adultères?
Des fils plus vils, plus paresseux.
Et plus abrutis que leurs pères.
A Taspect de leurs biens nombreux Si Ton pouvoit sans injustice Se consoler de voir ces lieux Livrés par nos simples aïeux A rhéréditaire avarice De ces possesseurs odieux ,
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i64 L'ABBAYE.
On seroit consolé sans doate De les voir vivre sans jouir, Sans sentiment et sans plaisir :
. Tout s'anéantit sur leur route ; Sous leur main tout viebt se flétrir.
En vain c^s asiles champêtres Ne demandent qu'à s'embellir, Leur sauvage état peint leurs maîtres.
Ah ! que dans ces lieux enchantés , Mais où les pas de l'Ignorance Sont imprimés de tous cdtés , Le Goût, l'heureuse IntelUgeoce, Pourroient ajouter de beautés I La nature sur ces rivages Répandant ses dons au hasard , Y semlile encore inviter l'Art A la servir dans ses ouvrages.
A travers ces vastes forêts Quelle scène , quelle étendue , Si de tous ces chênes épais Qui vont se perdre dans la nue, Perçant , divisant les sommets , On laissoit errer notre vue !
Vingt sources des plus vives eaux Qui descendent de ces montagnes Jaitliroient au sein des campagnes, Si par de fadles canaux L'art en rassemhloit les ruisseaux :
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En desséchant ces marécages D'où sortent d'épaisses vapeurs, Un gazon couronné de fleurs Enrichiroit ces pâturages, Et d'un air sain et sans nuage» Tout respireroit les douceurs.
Mais , grâce à l'ame avare et dure De ces possesseurs abrutis , Les plus beaux dons de la nature Sont dégradés, anéantis.
Par-tout où glt leur race obscure.
Pour l'honneur de l'huntanité, Malgré cet empire durable Des erreurs que l'antiquité Marque de son sceau vénérable, J'ose croire 4{U'un t^nps viendra Oix tant de richesses oisives , Que le monachisme enterra, Cesseront de rester captives , Et qu'on reverra de ces biens Couler enfin les sources vives Sur tes utiles citoyens.
O toi , l'arbitre de mes rimes.
Ami d'Homère et de Platon , De ces lumineuses maximes Tu ne peux qu'approuver le ton :
Un bigot y verra des crimes ; Tu n'y verras que la raison.
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Tu sais qu'à la rdigion
Toujours sincèrement fidèle ,
Rempli de respect et de zèle,
Je briserois tous mes pinceaux
Plutôt que d'offrir des tableaux
Indices de l'honneur et d'eUe.
£b ! qu'ai-je en efiiet prétendu?
Je n'attaque point les asiles
Où le Savoir et la Vertu
Ont réuni leurs domiciles.
Que l'intérêt de Timivers,
Que l'estime de tous les Âges ,
Conservent dans leurs avantages
Ces établissements divers
A qui ta patrie illustrée
Doit Boordaloue et Massillon ,
Galmet , Sanlecque , Mabillon ,
Malbranche , Vanière , et Porée ;
C'est de ces temples permanents,
Dépôts sacrés et vénérables ,
Que toujours les doctes talents ,
Les sciences, les monuments,
Les lumières inaltérables ,
Et quelquefois les dons brillants
Du génie et des arts aimables
Se Uansmettront à tous les tranps.
Qu'ils vivent ! qu'au bien de la France
Concourant sans division,
ÉPITRE iX. 167
Ils mettent tous d'intelligence Une barrière à l'Ignorance, Un frein à l'Irréligion !
Mais pour toutes ces abbayes , Ces ruineuses colonies , Que sous les belgiques climats Nous rencontrons à chaque pas , Gouffre où des êtres inutiles Entassent de leurs mains stériles Tant de biens qui n'en sortent pas; Quand verrai-je une loi nouvelle.
Appliquant mieux leur revenu , En ordonner sur le modèle D'un apologue que j'ai lu ?
Dans je ne sais (^^elle contrée , Au temps du monde encore paieo , Un peuple ( le nom n'y &it rien ) , Voyant diminuer son bien Par une disgrâce ignorée , D'un dieu de la voûte azurée Un jour réclama le soutien.
En vain l'active Vigilance , Tous les Travaux et tous les Arts Avoient tout iait d'intelligence Pour ramener de toutes parts Et le Commerce et l'Abondance; L'or disparoissoit tous les jours, Et dépouillé de ce secours ,
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8 L'ABBAYE
Le nerf et t'ame de la vie , L'oisif artisan lauguissoit; L'indigente et triste patrie Ne pouvant gager l'Industrie, Tout commerce s'ali&Mblissoit; L'état épuisé périssoit.
Le dieu , touché de leur misère.
Et voulant du commun repos Écarter les secrets fléaux , Descend da ciel à leur prière :
Il s'ouvre les secrets chonios D'une caverne souterraine Échappée aux yeux des humains.
Et dont la profondeur le mène , Par mille détours ambigus.
Au centre du vaste domaine Des entants de Sabasius ■ ; Là , grâce à d'antiques ténèbres , Des gnomes en lambeaux fimébres Sont couchés sur des monceaux d'or.
Occupés , enivrés sans cesse Du sot aspect d'un vain trésor, Puissants et fiers dans leur bassesse.
Et, par un stupide plaisir, Privant l'homme de la richesse Dont leur opaque et vile espèce Est incapable de jouir.
' Le père des gnomes.
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Le dieu parle ; à sa voix puissante, Subalternes divinités , Les gnomes, frappés d'épouvante, Au sein de la terre tremblante Se sont déjà précipités.
Cet or, que leurs maina meurtrières Ne prétendoient qu'accumuler, Versé dans les sources premières, Recommença de circuler; Le travail eut sa récompense.
Les arts reprirent leur vigueur ; Ranimés par ta jouissance Et relevés de leur lai^ueur.
Les talents au sein de l'aisance Renouvelèrent leur splendeur; Et , fort de toute sa substance , L'état vit avec l'abondance Renaître l'ordre et le bonheur.
Puisse un jour la main triomphante Et pacifique et bien&isante D'un roi sensible et généreux Consacrer son empire heureux En réformant l'abus antique Du briguidage monarchique , Et tout ce peupla infructueux A ses provinces onéreux !
Qu'il renouvelle dans sa gloire , Pour la félidté des siens.
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i-jo L'ABBATE.
Le spectacle que la Tictoire Vient d ofîrir aux bords indiens I
Tous les ans aux champs de Go^onde Le plus riche des potentats Rassembloit de tous les climats Les trésoris que transporte Tonde; Par un tribut toujours nouveau Toutes les richesses du monde Aboutissoient dans ce tombeau.
Thamas paroit : le destin change.
Au nouveau G«igîs-khan du Gange Ces vastes trésors sont ouverts, Son bras vain({neur leur rend la vie , Et tout 1 or qu'enterroit TAsie Va drculer dans l'univers.
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A M. DE BOULONGNE
CONTEOLEUR-GÉNÉRAL.
Ministre aimable, heureux génie.
Que le bonheur de la patrie Appelle aux travaux de Colbert, Dans cette cour qui de concert Vous félicite et vous implore, Pouvez>voua reconnottre encore Une voix qui vient du désert?
Depuis l'instant où la puissance Du plus chéri des souverains A remis dans vos sages mains L'urne heureuse de raboodance Pour la splendeur de nos destins, Des importuns de toute espèce , Des ennuyeux de tous les rïings.
Des gens joyeux avec tristesse, Des machines à compliments , Vous auront excédé sans cesse De fedeurs, de propos charmants, Déployant avec gentillesse L'ennui dans tous ses agréments :
Vous avez essuyé sans doute
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, A M. DE BOULONGNE
Le poids des discours arrangés; Les protecteurs, les protégés , Tout s'est courbé sur votre route.
Les grands entourent la faveur; La foule yole à l'espérance; Tout environne , tout encense Le temple brillant du bonheur :
Vous aurez vu toute la France.
Moi qui , séparé des vivants , Dans ma profonde solitude , Ignore le jargon des grands Et celui de la multitude, Je ne viens point d'un vain enc«is Surcharger votre lassitude De gloire et d'applaudissemaats; Je déplorerois au contraire Les travaux toujours renaissants , Et le joug où le ministère Vient attacher tous vos moments , Si je n'aimois trop ma patrie Pour plaindre les bnllants liens Dont elle enchaîne votre vie.
Elle parle , il faut que j'oubhe Tous vos intérêts pour les siens.
Pardonnez ce brusque langage Aux moeurs fi'anches de mon séjour; Cest le compliment d'un sauvage , Qui , loin de la langue du jour,
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Loin des souplesses de l'usage , Et trouvant pour vous son hommage Gravé dans un cœur sans détour, N'en veut pas savoir davantage.
Si je mêle si tard ma voix A l'alégresse générale , L'ignorance provinciale N'excuse pas ses tristes droits.
Réduit , pour toute nourriture , A m'iDStruire,àm'omerrespnt, Dans la Gazette ou le Mercure, Sur ce qui se fait et se dit Je ne sais rien qu'à l'aventure ; Je parle quand il n'est plus temps , Et les nouvelles ont mille ans Quand l'imprimeur me les assure.
Ce n'est que dans ces lieux bpllants Qu'enrichit la Seine féconde Des heureux tributs de son onde Que l'on sait tout , que l'on sait bien ; Ailleurs on n'est plus de ce monde, On sait trop tard , on ne sait rien.
O province , que ta lumière Languit sous des brouillards épais 1 Et sur les plus simples objets Quelle stupidité plénière!
Un seul trait parmi les journaux De l'imbécilUté profonde
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1,4 A M. DE BOULONGNE
De nous autres provinciaux
Montre combien dans nos propos
Nous sommes au Mt de ce monde,
Et présente dans tout leur jour
Notre force et nos connoissances
Sur les nouvelles et la cour,
Sur l'usage et ses déjiendances.
Ce trait excusera mon zélé
De vous être si tard ofifert.
Grâce à l'éclipsé habituelle
Dont notre mérite est couvert.
Mon anecdote n'est pas neuve ;
Mais les provinciaux passés
Sont trop dignement remplacés
Pour que le temps nuise à ma preuve.
Quand Vardes revint à la cour,
Rappelé par la bienfiaisance ,
Après un très mortel séjour
De province et de pénitence,
Louis quatorze , avec bonté,
S'informant du genre de vie
Qu'il avoit mené, du génie.
Du ton de la société
Au lieu qu'il avoit habité :
n Sire , excellente compagnie ,
<• De l'esprit conmie on n'en a point,
« Gens charmants , instruits de tout point,
■ Et d'une ressource infinie.
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ÊPITRE X.
■ Ce sont des conversations
« Incroyables, fort amusantes;
II s'y traite des questions
« Très neuves, très intéressantes.
« Par exemple , quand je partis ,
1 On avoit mis sur le tapis
« Un problème assez difficile,
* Et sur lequel toute la ville
" Parloit sans pouvoir s'accorder:
■ La question étoit critique ; " ïl s'agissoit de décider
■ Une matière politique,
<i Et qui , de votre majesté ,
« Ou de Monsieur, étoit l'alné -
Sur notre gauloise ineptie C'est trop arrêter vos regards , Tandis que la gloire, les arts, Et le bonheur de la patrie , Vous occupent de toutes parts, Tandis que votre main féconde Soutient, dans ses brillants travaux.
Le pavillon et les drapeaux Du pacificateur du monde.
Puissent mon hommage et mes vers Vous être heureusement offerts , Loin du bruit de la galerie , Loin du chaos des suppliants , Quand vous viendrez quelques instants
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fj6 A M. DE BOULONGNE.
Respirer à la toilerie !
C'est dans ce séjour enchanteur, Palais de Flore et de Minerve, Que le premier fruit de ma verve .
Reçut le prix le plus flatteur Des suffrages dont je conserve Un souvenir cher à mon cœur ; C'est dans ces beaux lieux que j'espère Aller quelque jour vous offrir Le pur encens d'un solitaire , Avec les fruits de son loisir ; Et dans les différentes classes D'originaux, valant de l'or, Dont j'ai peint, dans un libre essor, L'esprit, la sottise, et les grâces, "Vous trouverez peut-être encor Que , même sous un ciel barl>are , J'ai sauvé de l'obscurité Un rayon de cette gaieté Qui devient aujourd'hui si rare.
Quoique très bonne à la santé.
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A M. LE C^ DE ROCHEMORE.
Élève et successeur d'Horace , De Despréaux et d'Hamiltoo , Vous qui nous ramenez leur ton , Et leur coloris , et leur grâce , Sans effort, sans prétention, Sans intrigue , et sans dédicace ; O vous , dont l'aigle et les zéphirs Guident au gré de vos désirs La route toujours neuve et sûre , Peintpe brillant de la nature.
De la sagesse et des plaisirs; Quand vous dérobez à notre âge Des tableaux que la vérité , Et le génie, et la gaieté, Ont marqués par la main d'un sage Du sceau de l'iaunortalité; Dites-moi, divin solitaire, Dites, par quelle cruauté Rappelez-vous à la lumière Un phosphore , une ombre légère Qu'ont tracés mes ibibles crayons , Et dont la lueur passagère S'ef&ce aux feux de vos rayons?
178 A M. LE œMTE DE ROGHEMOBE.
Sur les songes de ma jeunesse Laissez les voiles de Toubli; Que mon désert soit embelli Par votre main enchanteresse :
Voilà le seul lien de fleurs Par qui je veux tenir encore A cet art qu'on proiaue ailleurs, Et que la raison même adore Quand il brille de vos couleurs.
Prenez cette lyre éclatante Qui , par ses sons majestueux, Maîtrise mon aine , m'enchante , M'élève à la hauteur des cieux; Ou que ce Êicile génie Qui , de la céleste harmonie Sait descendre aux délassements D'une douce philosophie , M'offre encor ces amusem^ts , Ces écrits sans cajolerie, Sans satire, sans basse envie, Ces écrits nobles et riants.
Sans pesante bou£Ebmierie , Où la gaieté jointe au bon sens , Crayonne l'hiunaine folie Sous les traits heureux et brillants De la bonne plaisanterie.
Dont tout le monde a la manie, Et qu'atteignent si peu de gens.
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Biais, par malheur pour qui vous aime, Ne oonfiant rien qu'à regret.
Toujours mécouteut de vous-même , Vous voulez être trop-parfeit, Et dans votre trop beau système Un ouvrage n'est jamais bit.
Contre mes vœux et mes instances Tous vos prétextes sont usés ; Soyez moins parfeit, et lisez ; J'aime jusqu'à vos négligences.
Pourquoi vous ravir si souvent A l'aniilié qui vous rappelle , Et lui cacher si constamment Des trésors qui sont faits pour elle?
Sanvage en&nt de Phdoméle, Vous êtes cet oiseau charmant Qui, sous la verdure nouvelle, Content du ciel^ur confident De la tendresse de son chant, ' Semble fiiir la race mortelle , Et s'envole dès «pi'oii t'entend.
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A M" DE GÉNONVILLE.
Les fleurs dont l'Amour se couroDue, Et que voit naître le printemps , Aux trésors tardifs de l'automne Viennent mêler leurs ornements.
Et de leurs Jttouquets éclatants Rajeunir le sein de Pomone; Ainsi par un heureux destin Du temps jaloux bravant l'outrage , Ton esprit charmant et badin Jette des fleurs sur son passage, Et fait briller le soir de l'âge De tout l'éclat de son matin.
Poursuis , aimable Génonville, Embellis-toi de ta galté ; Que par ta veux tendre etiacile Le vif et joyeux vaudeville Souvent à table soit fêté , Et, par les Plaisirs invité, S'y place au sein de sa famille , Lorsque le nectar qui pétille - Sous les bouchons emprisonné.
Court remplir le crystal fragile Oii , brillant d'un éclat mobile ,
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Il sourit à l'œil étonné.
Quelquefois atteudant l'aurore Au milieu des jeux et des ris , Livre tes pas à Terpsichote , Dis des Intus mots à tes amis.
L'amitié , que ton cœur adore , Loin de toi bannit les soucis ; Mais pour mieux les chasser encore Tu t'occupes des bons écrits Que le bon siècle vit écWe :
Semblable au Zéphire amoureux Qui , du printemps enfant volage.
Court à chaque fieur d'un bocage Porter le tribut de ses feux , Tour-à-tour Racine et Molière , Chaulieu , Montagne , et la Bruyère , Viennent s'asseoir à tes côtés Dans ton asile solitaire, Et sous leurs crayons enchantés Tu vois d'une douce lumière Briller d'utiles vérités.
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