‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 29 sur 193 · REQUÊTE AU ROI · texte numérisé non relu

REQUÊTE AU ROI

Greeset demande, pour un ami , la survivance d'une Ueutenance de roi.

Dans un ennuyeux verbiage

Articulant tout , et nonuttant Panne , Prague , Dettingue, et le canon flamand, On ne lait point ici l'ordinaire étalage Des services, des maux, des blessures, de l'âge.

Du très ruiné suppliant; Ses titres les plus sûrs sont dans la bienfaisance De ce génie heureux , ce ministre estimé ,

Mé pour faire aimer la puissance Du monarque vainqueur dont il veut être aimé. Quel bienfait brîguons-nous?quelle est notre espérance?

Est-ce quelqu'un de ces objets

De fortune ou de confiance

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BEQUÉTE AU ROI. 197

Où se portent tous les projets

Des vieux gendarmes de la France , Et doQt tant de aaajors d'étemelie présence

Composent leurs pesants placets ,

Et les ennuis de l'audience?

Non, ce n'est point, eu vérité.

Un emploi de cette excellence

Qui par nous est sollicité ; . C'est un poste ( on l'avoue en toute humilité )

A qui personne ici ne pense , Un vieux donjon , un roc , un autre inhabité ,

Sans demandeurs, sans concurrence.

Sans arsenal, sans conséquence.

Sans canons , et sans vanité ;

C'est la supériorité

D'une mai0re communauté

D'invalides presque en enfance ,

Qui montent la garde , je pense.

Beaucoup moins pour la sûreté D'une place où la Paix , le Sommeil , le Silence , Résident à couvert de toute hostilité, Que pour épouvanter, par tes sons lamentables D'un tambour enroué de toute éternité.

Les chats-buants voisins de ces beux incroyables.

Ou pour bannir des vieux ormeaux , Abri de leur gazette et de leur triste viç ,

Les corneilles et les corbeaux Qui pourrolent quelque jour manger la compagnie ,

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ig8 REQUETE

Et se méprendre à Tair, à la mine flétrie

De ces cadavres de béros; Enfin , pour en parler avec plus d'évidffliee Et non moins de prolixité , C'est la très mince lieutenanc»

D'un fort d'assez peu d'importance, Qui ne sera jamais bloqué , Mais dont le grenadier qui s'o&e à sa d^nse Rendroit Imhi compte un jour si , contre l'apparence , Il pouvoit se voir attaqué Sur cette chétive moinence.

Encor vouloas-nous moins que cette jomssance

Par ce mémoire présenté; Ce n'est pour le moment qu'im litre sans séance , Un bien qui n'aura d'existence , D'actuelle réalité , Que dans notre reconnoiaaance, Jusip'à l'instant qu'il plaise au maître acniverain De rappeler à lui l'ame du châtelain

Dont nous briguons la survivance.

Mais comme ce vieux paladin , Quoique goutteux, octogénaire , S'airae beaucoup dsns ce bas héiaispbère , Et n'aima jamais son procbaiu ; Que satfton ? hélas t le vieux r^tre , Très choyé, très soigneux des restes de son être, .

Étemel dans ses bssti<His , Empaqueté , fourré , le nez sur ses tisons ,

AU ROI. igg

Entre son maifir et son prêtre,

Ses histoires de gamisoDS,

Et ses pipes , et ses marrons ,

Hélas ! enterrera pent-étre

Celui pour qui nous demandcms.

Dieu lai fosse toute autre grâce ,

^ dans ce jour nous obtenons

Un coadjuteur de sa |dace !

Et quand il aura tout conté

Sur Hochstet et sur Ramillies , Conunent on eût mieux &it, ce qu'on eût emporté

De gloire , d'immortalité ,

Et de moustaches ennemies.

S'il avoit été consulté ;

Quand il «ura bien exatté

Les uniques chevaleriee , Des maréchaux défiintfl dépeint les effigies,

La perruque et l'austérité ,

Bien rahâché , Inm regretté

Ses campagnes et ses orgies , Des sièges où peut-être il n'a jamais été, Des belles dont sans doute il n'a jamais tiiiè., Enfin quand le bon-honme aura bien répété

Les ennuyeuses litanies Du temps passé , seul temps par lui toujours vanté ; Après qu'il aura joint i cette kyrielle Ce que d^is sa baraque il compte feire un jour. Ses projets assez l^igs pour la vie étemelle.

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aoo REQUETE

Les mémoires qu'il doit présenter à la cour.

Et qu*à SOD ordinaire il aura dit sans cesse,

■ Ma courtine , mon tenaillon ,

■ Mon pont-levis , ma forteresse , « Mon aumônier, ma garnison ,

■ Le roi mon maître, mon canon; ■

Tout cela dit et fait, et denx ans qu'on lui. laisse.

Par bienséance ou par tendresse.

Dieu veuille rappeler dans 1 étemel dortoir

Le peu d'esprit qu'il peut lui voir.

Et, moitié marmottant sa courte palenâtre.

Moitié sur sa goutte jurant,

Nous l'endormir chrétiennement,

Et le dore hermétiquement

Pour son boaheor et pour le nôtre !

S la rage du bruit et d'un frivole honneur.

Chimère des vivants , dans les demeures sombres , Tient aussi des vieux preux les sérieuses ombres , Il peut être assuré que son cher successeur, Plus jaloux qu'un parent d'orner ses fiinérailles ,

Liii fera dresser de grand cceur

Toute la pompe des batailles; Que , pour mieux décorer son convoi , son tombeau ,

On empruntera de la ville

Ce qui peut manquer au château ,

Prêtres , soldats , poudre , bedeau ,

Et tout le fimébre ustensile;

Que vers son dernier domicile

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AU ROI. ac

Toutes les croix de Saiot-Louis

Qui végéteat dans lé pays

L'accompagneront à la file ; Que tous les vieux fusils ce j our-là sortiront

De leur rouille et de leur poussière ,

Et, s'ils le peuvent, tireront , Pour annoncer au loin sa marche funéraire ; Quesonlargeécusson,sa croix, son cimeterre,

Le catafalque honoreront;

Et qu'enfin au sein de la terre

Ses reliques ne descendront

Qu'avec les honneurs de la guerre.

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