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CHŒUR DES RÉPROUVÉS

Rendez-nous, rendez-nous nos faibles corps d'argile, Le cœur qui souffrit tant et tout l'être fragile ; Frappez le corps, blessez le cœur, versez le sang. Et nous soulFrirons moins qu'au séjour languissant Où l'âme en face d'elle est seule et délaissée : Car le malheur, c'est la pensée !

noms ; classe toujours dévouée à la France cl lui donnant ses plus belles gloires, achetant de son sang le plus pur le droit de la défendre en se dépouillant de ses biens pièce à pièce et de père en fils ; grande famille pipée, trompée, sapée par ses plus grands Rois, sortis d'elle; hachée par quelques-uns, les servant sans cesse, et leur parlant haut el franc; traquée, exilée, plus que décimée, et toujours dévouée tantôt au Prince qui la ruine, ou la renie, ou rabandonne, tantôt au peuple qui la méconnaît et la massacre ; entre ce marteau et cette enclume, toujours pure et toujours frappée, comme un fer rougi au feu ; entre cette hache et ce billot, toujours saignante et souriante comme les martyrs ».

• L'épigraphe de Servitude et grandeur militaires est, en effet, le mot des gladiateurs romains : Ave, Cœsar, morituri te salutant. (César, ceux qui vont mourir te saluent.)

- « Ce début rappelle irrésistiblement certains passages de Manfred. » (Cf. Estève, Byron, p. 398.

Eloa n'avait pas parlé depuis sa chute. Elle était restée immobile, posée dans l'ombre éternelle comme une pierre précieuse qui jette des rayons. La nuit était moins profonde depuis sa venue. Les Esprits passaient et repassaient près d'elle pour se voir entre eux à la lumière de sa beauté, et leur désespoir s'apaisait. Un pouvoir supérieur empêchait Satan de s approcher d'elle. Il rôdait autour d'elle comme un loup autour d'une brebis enfermée dans une maison de verre. Le loup voit bien la lumière éclairer sa victime, mais il ne sait pas ce qui l'empêche d'y toucher. De temps en temps, il poussait des imprécations et se réjouissait des malheurs de l'homme :

La terre est malheureuse et gémit suspendue ; Entre le Maître et moi partageant l'étendue, Elle suit en pleurant un chemin douloureux. C'est l'éternel théâtre où nous luttons tous deux ; Tous les vœux élevés à la voûte immortelle. Encens inaccepté, tombent en pleurs sur elle. Il ne lui vient d'en haut que la foudre et rhorre|ir. Quand son Dieu lui parla, ce fut de sa fureur ; Lui-même, tout heureux qu'il est et qu'il se nomme, Je l'entendis gémir, devenu Fils de l'homme. Car rien n'est descendu sur ce monde odieux Qui ne fût teint de sang en retournant aux cieux !

Chaque fois qu'il arrivait des damnés en enfer, Eloa pleurait. Un jour que ses larmes coulaient ainsi, l'ange maudit la regarde ; il n'a plus de bonheur à faire le mal. Elle le voit, lui parle : il pleure. Eloa sourit et élève son doigt vers le ciel, geste que l'on n'ose jamais faire dans les enfers.

« Qu'as-tu ? dit Satan. Qu'arrive-t-il ? Tu souris !

— Entends-tu ? entends-tu le bruit des mondes qui éclatent et tombent en poussière ? Les temps sont finis. Tu es sauvé. »

Elle le prend par la main, et les voûtes de l'enfer s'ouvrent pour les laisser passer.

DEUxmME CHANT. — La FIN DU MONDE. — Ils voicut cu passant tous les mondes s'abîmer.

Troisikme chant. — Le Ciel. — Dieu avait tout jugé du regard quand ils arrivèrent. Les anges étaient assis. Une place était vacante parmi eux : c'était la première.

Une voix ineffable prononça ces mots :

« Tu as été puni pendant le temps ; tu as assez souffert, puisque tu fus l'ange du mal. Tu as aimé une fois : entre dans mon éternité. Le mal n'existe plus. ^)

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