‹ Œuvres choisiesChapitre 18 sur 52 · L'ESPRIT DE DIEU · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DE DIEU

Le feu divin qui nous consume Ressemble à ces feux indiscrets Qu'un pasteur imprudent allume Au bord des profondes forêts :

Tant qu'aucun souffle ne l'éveille, L'humble foyer couve et sommeille ; Mais, s'il respire l'aquilon, Tout à coup la flamme engourdie S'enfle, déborde, et l'incendie Embrase un immense horizon 1

O mon âme ! de quels rivages Viendra ce souffle inattendu?

Sera-ce un enfant des orages.

Un soupir à peine entendu?

Viendra-t-il, comme un doux zéphyre.

Mollement caresser ma lyre.

Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou, sous ses ailes frémissantes.

Briser ces cordes gémissantes Du cri perçant de la douleur ?

Viens du couchant ou de l'aurore.

Doux ou terrible, au gré du sort :

Le sein généreux qui t'implore Brave la souffrance ou la mort.

Aux cœurs altérés d'harmonie Qu'importe le prix du génie?

Si c'est la mort, il faut mourir !.., On dit que la bouche d'Orphée, Par les flots de l'Hèbre étouffée, Rendit un immortel soupir.

Mais, soit qu'un mortel vive ou meure.

Toujours rebelle à nos souhaits, L'Esprit ne souffle qu'à son heure, Et ae se repose jamais...

INouvelIes Méditations Poétiques 09

Préparons lui des lèvres pures.

Un œil chaste, un front sans souiilures,

Comnae, aux approches du saint lieu,

Des enfants, des vierges voilées.

Jonchent de roses effeu^lées

La route où va passer un Dieu !

Fuyant les bords qui l'ont vu naître.

De Laban l'antique berger,

Un jour, devant lui vit paraître

Un mystérieux étranger.

Dans l'ombre, ses larges prunelles

Lançaient de pâles étincelles ;

Ses pas ébranlaient le vallon ;

Le courroux gonflait sa poitrine.

Et le souflle de sa narine

Résonnait comme l'aquilon.

Dans un formidable silenc«

Ils se mesurent un moment ;

Soudain l'un sur l'autre s'élance.

Saisi d'un même emportement.

Leurs bras menaçants se replient.

Leurs fronts luttent, leurs membres crient,

Leurs flancs pressent leurs flancs pressés;

Comme un chêne qu'on déracine.

Leur tronc se balance et s'incline

Sur leurs genoux entrelacés.

Tous deux ils glissent dans la lutte.

Et Jacob, enfin terrassé.

Chancelle, tombe, et dans sa chute Entraîne l'ange renversé :

Palpitant de crainte et de rage, Soudain le pasteur se dégage Des bras du combattant des cieux, L'abat, le presse, le surmonte.

Et sur son sein gonflé de honte Pose un genou victorieux I

Mais sur le lutteur qu'il domine

Jacob encor mal affermi

Sent à son tour sur sa poitrine

90 Lamartine

Le poids du céleste ennemi.

Enfin, depuis les heures sombres Où le soir lutte avec les ombres, Tantôt vaincu, tantôt vainqueur, Contre ce rival qu'il ignore H combattit jusqu'à l'aurore....

Et c'était l'Eisprit du Seigneur 1

Attendons le souffle suprême Dans un repos silencieux ; Nous ne sommes rien de nous-même Qu'un instrument mélodieux.

Quand le doigt d'en haut se retire, Restons muets comme la lyre Qui recueille ses saints transports.

Jusqu'à ce que la main puissante Touche la corde frémissante Où dorment les divins accords.

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