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CHANT D'AMOUR

Naples, i8aa.

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre.

Le doux frémissement des ailes du zépliire

A travers les rameaux, Ou l'onde qui murmure en caressant ces rives, Ckk le roucoulement des colombes plaintives

Jouant aux bords des eaux ;

Si, comme ce roseau qu'un souffle heureux anime, Tes cordes exhalaient ce langage sublime,

Divin secret des cieux, Que, dans le pur séjour où l'esprit seul s'envole. Les anges amoureux se parlent sans parole.

Comme les yeux aux yeux ;

Si de ta douce voix la flexible harmonie. Caressant doucement une âme épanouie

Au souffle de l'amour, La berçait mollement sur de vagues images, Comme le vent du ciel qui berce les nuages

Dans la pourpre du jour :

Tandis que sur les fleurs mon amante sommeilI-D, Ma voix murmurerait tout bas à son oreille

Des soupirs, des accords Aussi purs que l'extase où son regard me plonge. Aussi doux que le son que nous apporte un songe

Des ineffables bords.

Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière 1 Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière

Ma vie et ton amour :

Ton regard languissant est plus cher à mon âme Que le premier rayon de la céleste flamme

Aux yeux privés du jour.

O Un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse, L'autre sur son beau front retombe avec mollesse.

Et le couvre à demi ;

lo8 Lamartine

Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle Courbe son cou d'albâtre, et ramène son aile Sur son œil endormi.

Le doux gémissement de son sein qui respire Se mêle au bruit plaintif de l'onde qui soupire

A flots harmonieux ; Et l'ombre de ses cils, que le zéph3rr soulève. Flotte légèrement comme l'ombre d'un rêve

Qui passe sur ses yeux.

Que ton sommeil est doux, ô vierge, ô ma colombe ! Comme d'un cours égal ton sein monte et retombe

Avec un long soupir !

Deux vagues que blanchit le rayon de la lune. D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une

Murmurer et mourir 1 O Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles Ce souffle parfumé... Qu'ai-je fait? tu t'éveilles.

L'azur voilé des cieux Vient chercher doucement ta timide paupière ; Mais toi... ton doux regard, en voyant la lumière.

N'a cherché que mes yeux.

O Ah I que nos longs regards se suivent, se prolongent, Comme deux purs rayons l'un dans l'autre se plongent.

Et portent tour à tour Dans le cœur l'un de l'autre une tremblante flamme. Ce jour intérieur que donne seul à l'âme

Le regard de l'amour I

Jusqu'à ce qu'une larme aux bords de ta paupière. De son nuage errant te cachant la lumière.

Vienne baigner tes yeux.

Comme on voit, au réveil d'une charmante aurore. Les lannts du matin, qu'elle attire et colore. L'ombrager dans les cieux.

O Pârle-moi, que ta voix me touche I Chaque parole sur ta bouche Eart un écho mélodieux.

Quand ta voix meurt dans mon oreille^

Nouvelles Méditations Poétiques II

Mon âme résonne et s'éveille,

Comme un temple à la voix des dieux.

Un souffle, un mot, puis un silence.

C'est assez : mon âme devance Le sens interrompu des mots.

Et comprend ta voix fugitive.

Comme le gazon de la rive Comprend le murmure des flots.

Un son qui sur ta bouche expire.

Une plainte, un demi-sourire.

Mon cœur entend tout sans effort :

Tel, en passant par une lyre.

Le souffle même du zéphire

Pevient un ravissant accord.

O Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage? Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage : Rougis-tu d'être belle, ô charme de mes yeux? L'aurore, ainsi que toi, de ses roses s'ombrage. Pudeur, honte céleste, instinct mystérieux. Ce qui brille le plus se voile davantage ; Comme si la beauté, cette divine image.

N'était faite que pour les cieux !

Tes yeux sont deux sources vives Où vient se peindre un ciel pur Quand les rameaux de leurs rives Leur découvrent son azur.

Dans ce miroir retracées, Chacune de tes pensées Jette en passant son éclair, Comme on voit sur l'eau limpide Flotter l'image rapide Des cygnes qui fendent Tair

Ton front, que ton voile ombrap[0 Et découvre tour à tour.

Est ime nuit sans nuage Prête à recevoir le jour ; Ta bouche, qui va sourire.

Est Tonde qui se retire

110 Lamartine

Au souffle errant du zéphyr.

Et, sur ces bords qu'elle quitte.

Laisse au regard qu'elle invite Compter les perles d'Ophir.

Tes deux mains sont deux corbeilles Qui laissent passer le jour ; Tes doigts de roses vermeilles En couronnent le contour Sur le gazon qui l'embrasse Ton pied se pose, et la grâce.

Comme un divin instrument, Aux sons égaux d'une lyre Semble accorder et conduire Ton plus léger mouvement.

O Pourquoi de tes regau:ds percer ainsi mon âme? Baisse, oh ! baisse tes yeux pleins d'une chaste flamirie

Baisse-les, ou je meurs.

Viens plutôt, lève-toi I Mets ta main dans la mienne ; Que mon bras arrondi t'entoure et te soutienne Sur ces tapis de fleurs.

O Aux bords d'un lac d'azur, il est une colline Dont le front verdoyant légèrement s'incline

Pour contempler les eaux ; Le regard du soleil tout le jour la caress.. Et l'haleine de l'onde y fait flotter sans cesse Les ombres des rameaux.

Entourant de ses plis deux chênes qu'elle embrasse, Une vigne sauvage à leurs rameaux s'enlace,

Et, couronnant leurs fronts.

De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage Puis sur des champs coupés de lumière et d'ombrage

Court en riants festons.

Là, dans les flancs creusés d'un rocher qui surplombe. S'ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe

Aime à gémir d'amour ; La xngne, le figuier, la voilent, la tapissent ; Et les rayons du ciel, qui lentement s'y glissent.

Y mesurent le jour.

\ Nouvelles Méditations Poétiques 1 1 î

La nuit et la fraicheur de ces ombres discrètes Conservent plus longtemps aux pâles violettes

\ Leurs timides couleurs ;

Une source plaintive en habite la voûte, Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutta Des accords et des pleurs.

Le regard, à travers ce rideau de verdure. Ne voit rien que le ciel et l'onde qu'il azuré.

Et sur le sein des eaux Les voiles du pêcheur, qui, couvrant sa nacelle, Fendent ce ciel limpide, et battent comme l'aile

Des rapides oiseaux.

L'oreille n'entend rien qu'une vague plaintive Qui, comme un long baiser, murmure sur sa rive,

Ou la voix des zéphyrs.

Ou les sons cadencés que gémit Philomèle, Ou l'écho du rocher, dont un soupir se mêle

A nos propres soupirs.

Viens, cherchons cette ombre propice.

Jusqu'à l'heure où de ce séjour

Les fleurs fermeront leur caUce

Aux regards languissants du jour.

Voilà ton ciel, ô mon étoile !

Soulève, oh ! soulève ce voile ;

Éclaire la nuit de ces Ueux ;

Parle, chante, rêve, soupire,

Pourvu que mon regard attire

Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses La tendre mousse où tu t'assieds.

Et près du Ht où tu reposes Laisse-moi m'asseoir à tes pieds.

Heureux le gazon que tu foules.

Et le bouton dont tu déroules Sous tes doigts les fraîches couleurs î Heureuses ces coupes vermeilles Que pressent tes lèvres, pareilles h l'abeille, aTPante des fleurs I

1 1 2 Lamartine

Si l'onde, des lis qu'elle cueille

Roule les calices flétris ;

Des tiges que sa bouche efîeuille

Si le vent m'apporte un débris ;

Si sa boucle qui se dénoue

Vient, en ondulant sur ma joue,

De ma lèvre effleurer le bord ;

Si son souffle léger résonne,

Je sens sur mon front qui frissonne

Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de l'heure bénie Où les dieux, d'une tendre main^ Te répandirent sur ma vie Comme l'ombre sur le chemin.

Depuis cette heure fortunée.

Ma vie à ta vie enchaînée.

Qui s'écoule comme un seul jour.

Est une coupe toujours pleine.

Où mes lèvres à longue haleine Puisent l'innocence et l'amour.

O Un jour le temps jaloux, d'une haleine glacée. Fanera tes couleurs comme une fleur passée

Sur ces hts de gazon ; Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres Ces rapides baisers, hélas I dont tu me sèvres Dans leur fraîche saison.

Mais quand tes yeux, voilés d'un nuage de larmes. De ces jours écoulés qui t'ont ravi tes charmes

Pleureront la rigueur ; Quand dans ton souvenir, dans l'onde du rivage. Tu chercheras en vain ta ravissante image.

Regarde dans mon cœur.

Là, ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ï Là, ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre

De ma fidéUté, Comme une lampe d'or dont une vierge saintd Protège avec la maiQ, en travorsswt l'eaceiotç,

La tremblante clarté.

Nouvelles Méditations Poétiques ii3

Et quand la mort viendra, d'un autre amour suivie.. Éteindre en souriant de notre double vie

L'un et l'autre flambeau.

Qu'elle étende ma couche à côté de la tienne, Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne

Dans le lit du tombeau !

Du plutôt puissions-nous pcisser sur cette terre, Comme on voit en automne un couple solitaire

De cygnes amoureux Partir, en s'embrassant, du nid qui les rassemble. Et vers les doux climats qu'ils vont chercher ensemble

S'envoler deux à ûqux l

114 Lamartine

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