‹ Œuvres choisiesChapitre 3 sur 52 · A LORD BYRON · texte numérisé non relu

A LORD BYRON

Toi, dont lé moiile encore ignore le vrai nom, Esprit mystérieui, mortel, ange ou démon. Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie, J'aime de tes concerts la sauvage harmonie. Comme j'aime le iruit de la foudre et des vents Se mêlant dans i'irage à la voix des torrents ! La nuit est ton sélour, l'horreur est ton domaine : L'aigle, roi des deierts, dédaigne ainsi la plaine ; Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpés Que l'hiver a blanctds, que la foudre a frappés, Des rivages couverts des débris du naufrage. Ou des champs toit noircis des restes de carnage : Et, tandis que l'oislau qui chante ses douleurs Bâtit au bord des eix son nid parmi les fleurs, Lui des sommets d'Ahos franchit l'horrible cime. Suspend aux flancs œs monts son aire sur l'abîme. Et là, seul, entouré (fe membres palpitants, De rochers d'un sanghoir sans cesse dégouttants, Trouvant sa volupté oins les cris de sa proie. Bercé par la tempête, U s'endort dans sa joie. Et toi, Byron, semblaDe à ce brigand des airs. Les cris du désespoir soit tes plus doux concerts. Le mal est ton autel, etV homme est ta victime. Ton œil, comme Satan,W mesuré l'abîme.

Et ton âme, y plongeant\oin du jour et de Dieu, A dit à l'espérance un' étq^el adieu ! Comme lui maintenant, réhant dans les ténèbres. Ton génie invincible éclata^n chants funèbres ; Il triomphe, et ta voix, sur\n mode infernal. Chante l'hymne de gloire atlRombre Dieu du mal. Mais que sert de lutter con\e sa destinée? Que peut contre le sort la raW mutinée? Elle n'a, comme l'œil, qu'un Woit horizon. Ne porte pas plus loin tes yeu\ni ta raison : Hors de là tont nous fuit tout éteint, tout s'efface ;

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Dans ce cercle borné Dieu t'a marqué ta place :

Comment? pourquoi? qui sait? De ses puissantes mains

Il a laissé tomber le monde et les humains,

Comme il a dans nos champs répandu la poussière.

Ou semé dans les airs la nuit et la lumière ;

Il le sait, il suffit : l'univers est à lui.

Et nous n'avons à nous que le jour d'aujourd'hui !

Notre crime est d'être homme et de vouloir connaître :

Ignorer et servir, c'est la loi de notre être.

Byron, ce mot est dur : longtem^Ds j 'en ai douté ;

Mais pourquoi reculer devant la vérité?

Ton titre devant Dieu, c'est d'être son cuvrage.

De sentir, d'adorer ton divin esclavage ;

Dans l'ordre universel faible atome empolé.

D'unir à ses desseins ta Ubre volonté.

D'avoir été conçu par son intelligence.

De le glorifier par ta seule existence :

Voilà, voilà ton sort. Ah ! loin de l'acciser.

Baise plutôt le joug que tu voudrais brser ;

Descends du rang des dieux qu'usurpai' ton audace ;

Tout est bien, tout est bon, tout est gand à sa place ;

Aux regards de Celui qui fit l'immendté

L'insecte vaut un monde : ils ont auant coûté I

Mais cette loi, dk-tu, révolte ta jusice ;

Elle n'est à tes yeux qu'un bizarre aprice.

Un piège où la raison trébuche à chque pas.

Confessons-la, Byron, et ne la jugons pas.

Comme toi, ma raison en ténèbre? abonde.

Et ce n'est pas à moi de t'expUqi-r le monde.

Que celui qui Ta fait t'explique 'univers :

Plus je sonde l'abîme, hélas ! plu'j^ ^'y perds.

Ici-bas, la douleur à la douleurs'enchaîne.

Le jour succède au jour, et la p^ne à la peine.

Borné dans sa nature, infini da^s ses vœux,

L'homme est un dieu tombé qi se souvient des cieux s

Soit que, déshérité de son an^que gloire.

De ses destins perdus il gard la mémoire ;

Soit que de ses désirs l'immûse profondeur

Lui présage de loin sa futie grandeur.

Imparfait on déchu, l'homme est le grand mystère.

Dans la ;^isoa des sens echaîné sur la terre,

KscUve, il »ent ua cœui ^ pour U Ubvjrtè j

Méditations Poétiques 17

ieureux, il aspire à la félicité ; Il veut sonder le monde, et son œil est débile ; Il veut aimer toujours : ce qu'il aime est fragile I Tout mortel est semblable à l'exilé d'Éden : Lorsque Dieu l'eut banni du céleste jardin, Mesurant d'un regard les fatales limites. Il s'assit en pleurant aux portes interdites. Il entendit de loin dans le divin séjour L'harmonieux sotipir de l'éternel amour, Les accents du bonheur, les saints concerts des anges Qui, dans le sein de Dieu, célébraient ses louanges ; Et, s'arrachant d^ ciel dans un pénible effort, Son œil avec eâroj retomba sur son sort.

Malheur à qui du fond de l'exil de la vie Entendit ces concerts d'un monde qu'il envie I Du nectar idéal sitôt qu'elle a goûté, La natiu-e répugne! à la réalité ; Dans le sein du po^ible en songe elle s'élance ; Le réel est étroit, 1^ possible est immense ; L'âme avec ses désirfe s'y bâtit un séjour Où l'on puise à jamais la science et l'amour ; Où, dans des océans \de beauté, de lumière. L'homme, altéré tmijiurs, toujours se désaltère, Et, de songes si beaiik enivrant son sommeil. Ne se reconnaît plus au moment du réveil.

Hélas I tel fut ton sorti telle est ma destinée.

J'ai vidé comme toi la coupe empoisonnée ;

Mes yeux, comme les ti\ns, sans voir se sont ouverts

J'ai cherché vainement ^ mot de l'univers.

J'ai demandé sa cause à toute la nature,

J'ai demandé sa &n à toutç créature ;

Bbjis l'abîme sans fond rnon regard a plongé ;

De l'atome au soleil j'ai to\t interrogé.

J'ai devancé les temps, j'aiVemonté les âges:

Tantôt passant les mers poar écouter les sage".

Mais 1^ monde à l'orgueil estoin Uvre fermé I

Tantôt,~'pour deviner le morne inanimé.

Fuyant avec mon âme au seii^de la nature

J'ai cru trouver un sens à cettè> langue obscure.

J'étudiai la loi par qui roulent ^s cieux ;

Dans leun bhllâats déserts Ne>koA giiida xx^es yeuxi

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Des empires détruits je méditai la cendre ; Dans ses sacrés tombeaux Rome m'a vu descendre i Des mânes les plus saints troublant le froid repos. J'ai pesé dans mes mains la cendre des héros : J'allais redemander à leur vaine poussière Cette immortalité que tout mortel espère. Que dis-je? suspendu sur le lit des mourants. Mes regards la cherchaient dans des yeux expirants ; Sur ces sommets noircis par d'étemels nuages Sur ces flots sillonnés par d'étemels orages, J'appelais, je bravais le choc des éléments. Semblable à la sibylle en ses emportements. J'ai cru que la nature, en ces rares spectacles. Laissait tomber pour nous quelqu'un de ses oracles : J'aimais à m'enfoncer dans ces> sombres horreurs. Mais en vain dons son calme, en vain dans ses fureurs, Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, J'ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre ! J'ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein. Tomber comme au hasard, échappés de son sein ; J'ai vu partout le mal où le mieux pouvait être. Et je l'ai blasphémé, ne pouvant le connaître ; Et ma voix, se brisant contre ce ciel d'airain, N'a pas même eu l'honneur d'irriter le destin.

Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune. J'avais lassé le ciel d'une plainte importune. Une clarté d'en haut dans mon sein descendit, Me tenta de bénir ce que j'avais maidit ; Et, cédant isans combattre au souffle qui m'inspire, L'hymne de la raison s'élança de mt lyre.

«Gloire à toi dans les temps et dais l'éternité. Étemelle raison, suprême volonté i Toi, dont l'immensité reconnaît la présence. Toi, dont chaque matin annonc<» l'existence ! Ton souffle créateur s'est abaissa sur moi ; Celui qui n'était pas a paru devant toi ! J'ai reconnu ta voix avant de jie connaître. Je me suis élancé jusqu'aux j-ortes de l'Être : Me voici ! le néant te salue ex naissant ; Me voici ! mais que suis-je? m atome pensant. Qui peut entre nous deux nesurer la distance? Moi, qui respdre en toi ma rapide existence.

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A l'insu de moi-même, à ton gré façomié,

Que me dois- tu. Seigneur, quand je ne suis pas né?

Rien avant, rien après : gloire à la fin suprême !

Qui tira tout de soi se doit tout à soi-même.

Jouis, grand artisan, de l'œuvre de tes mains :

Je suis pour accomplir tes ordres souverains ;

Dispose, ordonne, agis ; dans les temps, dans l'espace.

Marque-moi pom* ta gloire et mon jour et ma place :

Mon être, sans se plaindre et sans t'interroger.

De soi-même, en silence, accourra s'y ranger.

Comme ces globes d'or qui dans les champs du vide

Suivent avec amour ton ombre qui les guide,

Noyé dans la lumière ou perdu dans la nuit,

Je marcherai comme eux où ton doigt me conduit :

Soit que, choisi par toi pour éclairer les mondes,

Réfléchissant sur eux les feux dont tu m'inondes,

Je m'élance entouré d'esclaves radieux.

Et franchisse d'un pas tout l'abîme des cieux ;

Soit que, me reléguant loin, bien îoin de ta vue,

Tu ne fasses de moi, créature inconnue,

Qu'un atome oubUé sur les bords du néant.

Ou qu'un grain de poussière emporté par le vent,

Glorieux de mon sort, puisqu'il est ton ouvrage.

J'irai, j'irai partout te rendre un même hommage.

Et, d'un égal amour accomplissant ta loi.

Jusqu'aux bords du néant murmurer : « Gloire à loi ! a

t Ni si haut, ni si bas ! simple enfant de la terre, Mon sort est un problème, et ma fin un mystère ; Je ressemble. Seigneur, au globe de la nuit. Qui, dans la route obscure où ton doigt le conduit. Réfléchit d'un côté les clairtés étemelles. Et de l'autre est plongé dans les ombres mortelles. L'homme est le point fatal où les deux infinis Par la toute-puissance ont été réunis.

A tout autre degré, moins malheureux peut-être. J'eusse été.... Mais je suis ce que je devais être ; J'adore sans la voir ta suprême raison : Gloire à toi qui m'as fait ! ce que tu fais est bon. Cependant, accablé sous le poids de ma chaîne. Du néant au tombeau l'adversité m'entraîne ; Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, Ipiorant d'où je viens, incertain où je vais.

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Et je rappelle en vain ma jeunesse écoulée. Comme l'eau du torrent dans sa source troublée. Gloire à toi I Le malheur en naissant m'a choisi ; Comme un jouet vivant ta droite m'a saisi ; J'ai mangé dans les pleurs le pain de ma misère. Et tu m'as abreuvé des eaux de ta colère. Gloire à toi ! J'cii crié, tu n'as pas répondu ; J'ai jeté sur la terre un regard confondu ; J'ai cherché dans le ciel le jour de ta justice ; Il s'est levé, Seigneur, et c'est pour mon supplice. Gloire à toi ! L'innocence est coupable à tes yeux Un seul être, du moins, me restait sous les cieux ; Toi-même de nos jours avais mêlé la trame. Sa vie était ma vie, et son âme mon âme ; Comme un fruit encor vert du rameau détaché. Je l'ai vu de mon sein avant l'âge arraché ! Ce coup, que tu voulais me rendre plus terrible La frappa lentement pour m'être plus sensible Dans ses traits expirants, où je lisais mon sort, J'ai vu lutter ensemble et l'amour et la mort; J'ai vu dans ses regards la jQlamme de la vie. Sous la main du trépas par degrés assoupie. Se ranimer encore au souffle de l'amour. Je disais chaque jour : « Soleil, encore un jour ! r Semblable au criminel qui, plongé dans les ombres Et descendu vivant dans les demeures sombres. Près du dernier flambeau qui doive l'éclairer. Se penche sur sa lampe et la voit expirer. Je voulais retenir l'âme qui s'évapore ; Dans son dernier regard je la cherchais encore ! Ce soupir, ô mon Dieu, dans ton sein s'exhala : Hors du monde avec lui mon espoir s'envola ! Pardonne au désespoir un moment de blasphème, J'osEii... Je me repens : Gloire au maître suprême ï Il fit l'eau pour couler, l'aquilon pour courir, Les soleils pour brûler, et l'homme pour soufïrir !

« Que j'ai bien accomph cette loi de mon être I La nature insensible obéit sans connaître ; Moi seul, te découvrant sous la nécessité. J'immole avec amour ma propre volonté ; Moi seul je t 'obéis avec intelligence ; Moi seul je me complais dans cette obéissance ;

Méditations Poétiques 21

Je jouis de remplir en tout temps, en tout lieu, La loi de ma nature et l'ordre de mon Dieu ; J'adore en mes destins ta sagesse suprême. J'aime ta volonté dans mes supplices même : Gloire à toi ! gloire à toi ! Frappe, anéantis-moi 1 Tu n'entendras qu'im cri : « Gloire à jamais à toi ! »

Ainsi ma voix monta vers la voûte céleste : Je rendis gloire au ciel, et le ciel fit le reste. Mais silence, ô ma lyre ! Et toi, qui dans tes mains Tiens le cœur palpitant des sensibles humains, Bjrron, viens en tirer des torrents d'harmonie : C'est pour la vérité que Dieu fit le génie. Jette vm cri vers le ciel, ô chantre des enfers ! Le ciel même aux damnés enviera tes concerts. Peut-être qu'à ta voix, de la vivante flamme Un rayon descendra dans l'ombre de ton âme ; Peut-être que ton cœur, ému de saints transports. S'apaisera soi-même à tes propres accords. Et qu'un éclair d'en haut perçant ta nuit profonde. Tu verseras sur nous la clarté qui t'inonde.

Ah ! si jamais ton luth, amolli par tes pleurs.

Soupirait sous tes doigts l'hymne de tes douleurs.

Ou si, du sein profond des ombres étemelles.

Comme un ange tombé tu secouais tes ailes,

Et, prenant vers le jour un lumineux essor.

Parmi les chœurs sacrés tu t'essayais encor ;

Jamais, jamais l'écho de la céleste voûte.

Jamais ces harpes d'or que Dieu lui-même écoute.

Jamais des séraphins les chœurs mélodieux.

De plus divins accords n'auraient ravi les cieux !

Courage, enfant déchu d'ime race divine !

Tu portes sur ton front ta superbe origine ;

Tout homme, en te voyant, reconnaît dans tes yeux

Un rayon écUpsé de la splendeur des cieux !

Roi des chants immortels, reconnais-toi toi-même !

Laisse aux fils de la nuit le doute et le blasphème ;

Dédaigne un faux emcens qu'on t'offre de si bas :

La gloire ne peut être où la vertu n'est pas.

Viens reprendre ton rang dans ta splendeur première.

Parmi ces purs enfants de gloire et de lumière.

Que d'un souffle choisi Dieu voulut animer,

Et qu'il fit pour chanter, pour croire et pour aimer I

ZààL i^aiiiai Liiic^

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