‹ Œuvres choisiesChapitre 34 sur 52 · SUITE DE JÉHOVAH · texte numérisé non relu

SUITE DE JÉHOVAH

Heureux l'œil éclairé de ce jour san^^ nuage. Qui partout ici-bas le contemple et le lit ! Heureux le cœur épris de cette grande image. Toujours vide et trompé si Dieu ne le remplit I

Ah ! pour celui-là seul la nature est sans ombre ; En vain le temps se voile et reculent les cieux, Le ciel n'a point d'abîme et le temps point de nombre Qui le cache à ses yeux.

Pour qui ne l'y voit pas tout est nuit et mj^tères. Cet alphabet de feu dans le ciel répandu Est semblable pour eux à ces vains caractères Dont le sens, s'ils en ont, dans les temps s'est perdu,

Le savant sous ses mains les retourne et les brise, Et dit : Ce n'est qu'un jeu d'un art capricieux. Et cent fois, en tombant, ces lettres qu'il méprise P'elles-même ont écrit le nom mystérieux I

Mais cette langue, en vain par les temps égarée.

Se lit hier comme aujourd'hui ; Car elle n'a qu'un nom sous sa lettre sacrée ;

Lui seul ! Lui partout ! toujours Lui !

Qu'il est doux pour l'âme qui pense Et flotte dans l'immensité Entre le doute et l'espérance, La lumière et l'obscurité.

De voir cette idée étemelle Luire sans cesse au-dessus d'elle Comme une étoile aux feux constants.

La consoler sous ses nuages.

Et lui montrer les deux rivages Blanchis de l'écume du temps I

En \^n les vagues des années Roulent daua leur iius et reâux

Harmonies Poétiques 177

Les croyances abandonnées

Et les empires révolus ;

En vain l'opinion qui lutte

Dans son triomphe ou dans sa chute

Entraîne un monde à son déclin ;

Elle brille sur sa ruine,

Et l'histoire qu'elle illumine

Ravit son m3rstère au destin I

Elle est la science du sage.

Elle est la foi de la vertu, Le soutien du faible, et le gage Pour qui le juste a combattu ; En elle la vie a son juge Et l'infortune son refuge.

Et la douleur se réjouit.

Unique clef du grand mystère, Otez cette idée à la terre.

Et la raison s'évanouit !

Cependant le monde, qu'oublie L'âme absorbée en son auteur.

Accuse sa foi de folie Et lui reproche son bonheur :

Pareil à l'oiseau des ténèbres Qui, charmé des lueurs funèbres.

Reproche à l'oiseau du matin De croire au jour qui vient d'éclore Et de planer devant l'aurore Enivré du rayon divin.

Mais qu'importe à l'âme qu'inonde

Ce jour que rien ne peut voiler !

Elle laisse rouler le monde

Sans l'entendre et sans s'y mêler.

Telle une perle de rosée

Que fait jaillir l'onde brisée

Siir des rochers retentissants,

Y sèche pure et virginale,

Et seule dans les cieux s'exhale

Avec la lumière et l'encens.

Lamartine

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