‹ Œuvres choisiesChapitre 8 sur 52 · LA PROVIDENCE A L'HOMME · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE A L'HOMME

Quoi 1 le fils du néant a maudit l'existence ! Quoi 1 tu peux m'accuser de mes propres bienfaits I Tu peux fermer tes yeux à la magnificence Des dons que je t'ai faits !

Tu n'étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein ; Déjà, comme son fruit l'éternelle pensée Te portait dans son sein.

Oui, ton être futur vivait dans ma mémoire ; Je préparais les temps selon ma volonté. Enfin ce jour parut ; je dis : « Nais pour ma gloire EttaféUcitél»

Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente, Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ; J 'échauffai de tes sens la sève languissante Des feux de mon regard.

D'un lait mystérieux je remplis la mamelle ; Tu t'enivras sans peine à ces sources d'amour. J'aflfermis les ressorts, j'arrondis la prunelle Où se peignit le jour.

Ton âme, quelque temps par les sens éclipsée. Comme tes yeux au jour, s'ouvrit à la raison : Tu pensas ; la parole acheva ta pensée. Et j'y gravai mon nom.

En quel éclatant caractère

Ce grand nom s'ofîrit à tes yeux !

Tu vis ma bonté sur la terre,

Tu lus ma grandeur dans les cieux

L'ordre était mon intelligence ;

La nature, ma providence ;

Méditations Poétiques 35

L'espaxîe, mon immensité !

Et, de mon être ombre altérée, Le temps te peignit ma durée.

Et le destin, ma volonté !

Tu m'adoras dans ma puissance.

Tu me bénis dans ton bonheur.

Et tu marchas en ma présence

Dans la simplicité du cœur ;

Mais aujourd'hui que l'infortune

A couvert d'une ombre importune

Ces vives clartés du réveil,

Ta voix m'interroge et me blâme,

Le nuage couvre ton âme.

Et tu ne crois plus au soleil.

et Non, tu n'es plus qu'un grand problème

Que le sort offre à la raison ;

Si ce monde était ton emblème.

Ce monde serait juste et bon. »

Arrête, orgueilleuse pensée !

A la loi que je t'ai tracée

Tu prétends comparer ma loi?

Connais leur différence auguste :

Tu n'as qu'un jour pour être juste ;

J'ai l'éternité devant moi !

Quand les voiles de ma sagesse A tes yeux seront abattus.

Ces maux dont gémit ta faiblesse Seront transformés en vertus.

De ces obscurités cessantes Tu verras sortir triomphantes Ma justice et ta liberté :

C'est la flamme qui purifie Le creuset divin où la vie Se change en immortalité 1

Mais ton cœur endurci doute et murmure encore

Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés,

Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore

De l'éternelle aurore

Les célestes clartés !

Attends ; ce demi- jour, mêlé d'une ombre obscure, Sufl&t pour te guider en ce terrestre lieu : Regarde qui je suis, et marche sans murmure,

CoKime fait la nature

Sur la foi de son Dieu.

La terre ne sait pas la loi qui la féconde ; L'Océan, refoulé sous mon bras tout-puissant. Sait-il comment, au gré du nocturne croissant.

De sa prison profonde

La mer vomit son onde.

Et des bords qu'elle inonde

Recule en mugissant?

Ce soleil éclatant, ombre de ma lumière, Sait-il où le conduit le signe de ma main ? S'est-il tracé lui-même un glorieux chemin?

Au bout de sa carrière.

Quand j 'éteins sa lumière.

Promet-il à la terre

Le soleil de demain?

Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l'univers ; J'appelle le soleil du fond de ses dése.rts :

Franchissant la distance,

Il monte en ma présence.

Me répond, et s'élance

Sur le trône des airs !

Et toi, dont mon souffle est la vie.

Toi, sur qui mes yeux sont ouverts, Peux-tu craindre que je t'oublie.

Homme, roi de cet univers?

Crois-tu que ma vertu sommeille?

Non, mon regard immense veille Sur tous les mondes à la fois !

La mer qui fuit à ma parole, Ou la poussière qui s'envole, Suivent et comprennent mes lois.

Marche au flambeau de l'ôspérancc Jusque dans l'ombre du trépas.

Méditations Poétiques 87

Assuré que ma providence Ne tend point de piège à tes pas l Chaque aurore la justifie, L'univers entier s'y confie.

Et l'honune seul en a douté !

Mais ma vengeance paternelle Confondra ce doute infidèle Dans l'abîme de ma bonté.

]8 Lamartine

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