ODE
A monsieur le marquis de la Vrillière; avant qu'il fût secrétaire d'État.
u palais de la fortune, L'hoDneur et la probité , j. Malgré la plainte commune , De tout temps ont habité.
Parmi le vulgaiie inique, Plus d'un grand cœur y pratique Les sentiers le moins battus , Et grâce aux destins propices, La cour, comme de grands vices , Nourrit de giandes vertus.
Jamais la magistrature, Réchauffant lambition , Xe fit sortir de mesure Aristide ou Phocion.
Cicéron, d'honneur a"side, Naturellement timide.
Fut consul ferme et hardi ; Et toi, Caton, Ion atteste Que tu fus toujours modeste Quoique toujours applaudi.
24t» Pièces Diverses.
L'âme la plus élevée Que gène un sort limité.
De tout mouvement privée Languit dans l'obscurité.
Ce Dieu qui, dans sa carrière.
Des sphères de la lumière Régloit les célestes sons, Devenu berger d'Admète , Fut réduit, au mont Hymette, A de rustiques chansons.
Quel spectacle davantage Plaît à la divinité, Que de voir lutter le sage Contre la prospérité !
Pour combattre la disgrâce, L'âme aisément se ramasse Et triomphe avec honneur; Mais l'eifort de sa puissance, C'est de garder rinnoeence ■ Dans le comble du bonheur.
0 race en héros féconde ,
Noble sang des Phelippeaux,
Qui , sans t'épuiser, au monde
Fournis des sages nouveaux,
Quel Phœbus, quelle Uranie
Élèvera mon génie
Pour te chanter dignement ,
Nom brillant, nom plein de gloire.
Nom de qui même l'histoire
N'est qu'un foible monument!
Vénérable La Vrillière, Toi, dont la postérité
Pièces Diverses. m
Dans le sein de la lumière Accroît la félicité ; Que Chàteauneuf est fidèle A conserver poui' modèle Tes exemples solennels.
Qui dans un poste sublime , Ne s'emichit que d'estime, Content des biens paternels.
Chez lui manières honnêtes , Libre accès, humanité , D'un siècle ému de tempêtes Tempèrent la dureté.
Dans la carrière glissante.
Où la favem- chancelante Souvent conduit au trépas , Maître de ses destinées.
Il a couru trente années Sans jamais faire un faux pas.
Héritier de leur mérite.
Soutenez, jeune marquis.
Le grand poids où vous invite Tant d'honneur qu'ils ont acquis.
Non, vous ne pouvez sans honte Manquer à rendre bon compte De l'éclat de vos aveux ; Et leur Minerve sévère Défend la vertu viQgaire Aux enfants des demi-dieux.
Mais quel souci t'inquiète Et te trouble sans raison ?
Supprime, Muse indiscrète.
Tes a^^s hors de saison.
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Plein de l'esprit de ses pères.
Ses talents héréditaires N'attendent pas ton conseil , Et pour prouver sa naissance.
Cet aigle, dès son enfance, A regardé le soleil.
J'ai vu, chez l'auguste reine Que je pleure à tous moments, La cour suffire avec peine A louer ses bégaîments.
Comme au jardin d'Hespérie La plante à peine fleurie OfTroit un précieux fruit , Comme le fils du Tonnerre, Il naît et frappe la terre Et de lumière et de bruit.
Poursuivez avec constance.
Marquis! Méritez le choix, Méritez la confiance Du plus éclairé des rois, Foulez la fameuse trace Que bat votre illustre race, Méditez ces grands objets.
Et comme eux , piquez-vous d'être Toujours zélé pour le maitre.
Toujours bon pour les sujets.
Mais lorsqu'en son apogée Brillera votre crédit.
Ne laissez point négligée La muse qui l'a prédit.
Sans elle , il faut qu'on périsse , Sans elle , prudent Ulysse,
Pièces Diverses.
Tu ne vivrois pas encor, Et Léthé, cette eau profonle , Eût englouti dans son onde L'éloquence de Nestor.
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ORPHEE.
Paraphrase d'une redondille espagnole de D. Francisco de Quévédo.
^ oiir ravoir sa femme Eurydice Orphée aux enfers s'en alla :
Est-il si bizarre caprice Dont on s'étonne après cela ?
Dans un accès de ce délire Où son jugement se perdit, Pouvoit-il chercher rien de pire , Ni dans un endi'oit plus maudit ?
Il chanta des airs pitoyahles , Dont le tendre accompagnement Suspendit la fureur des diables , Et des coupables le tourment.
Sa voix ne touchoit point leur âme, Mais la seule admiration Qu'un sot, pour recouvrer sa femme, Témoignât tant de passion.
Alors Pluton , hochant la tète , Dit au chanteur alangouri :
0 maître fou comme poète , Et beaucoup plus comme mari !
Proserpine est bonne diablesse ; Mais je te jure, sur ma foi.
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Que les six mois qu'elle me laisse Ne sont pas les moins gais pour moi.
Fùt-elle aux cieux cent ans encore, Pour la soustraire à mon pouvoir Je n'irois point sur la mandore Braire en bémol pour la ravoir.
Quand tu conçus quelque espérance De nous fléchir par tes accords , Ignorois-tu que le sibnce Est le charme unique des morts?
Puisqu'une impertinente flamme Pour le troubler fa fait venir, Parques, qu'on lui rende sa femme; On ne sauroit mieux le punir.
En vertu de mon indulgence , Bientôt, puisqu'il le veut ainsi, Il sera damné par avance , Et peut-être un peu plus qu'ici.
Mais pour payer de sa musique Le plaisir aux enfers si neuf.
Ajoutons-y quelque rubrique Qui puisse encor le faire veuf.
A ce soin l'équité m'invite.
Qui souffre qu'en même sujet On récompense le mérite.
Quand on a puni le forfait.
Rendez-lui donc sa demoiselle , Qui le suivra sans dire mot ;
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Mais s'il tourne les yeux sur elle , Qu'on me la refourre au cachot.
Peu de cœurs, de chaîne aussi forte, Avec leurs moitiés sont unis ; Que j'en sais qui de cette sorte S croient charmés d'être punis !
Ah ! si des femmes incommodes Des tours de tète délivroient.
Que de maris comme pagodes Incessamment la tourneroient !
Ainsi, sur son trône de hraise.
Parla le monarque enroué :
Son sage arrêt , dans la fournaise , Par tout son peuple fut loué.
L'ordre est suivi. Mais cette fête Se termine en pieux regrets :
Orphée , ayant tourné la tète , Redevient veuf sur nouveaux frais.
Dans son impatience extrême , Que sa raison ne peut calmer, Le malheureux perd ce qu'il aime A force de le trop aimer.
Vaine et légère comme un songe Qu'un dormeur prend pour vérité, L'ombre gémit , et se replonge Dans l'éternelle obscurité.
Sans murmurer de son supplice , La pauvre âme renonce au jour :
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Pou voit-elle , en bomie justice.
Se plaindre d'un excès d'ainour ?
Sa double mort la désespère , Qui ^ient rompre uu nœud si parfait ; Mais quoi ! la cause en est si chère Qu'il faut pardonner à l'effet.
L'époux , qui la voit disparoître , Se livre à son mortel ennui, Incapable de reconnoitre Le bien qu'on lui fait malgré lui.
L'enf?r à ses plaintes touchantes Cessant de se laisser charmer, Dans la Thrace, par les Bacchantes, Il s'en va se faire assommer.
Du beau sexe double victime , Chantre affligé, console-toi; Force gens d'un rang plus sublime Ont bien subi la même loi.
C'est vainement qu'on s'évertue Contre un vainqueur si redouté : Et qu'importe, au fond, qui nous tue, Ses faveurs ou sa cruauté ?
Femmes, si cette historiette Irrite vos cœurs inhumains , C'est un Espagnol qui l'a faite :
Pour moi, je m'en lave les mains.
Ovide à cette même fable, Direz-vous , donne un tour galant :
Pièces Diverses.
Le Romain étoit raisonnable , L'Espagnol n'est qu'un insolent.
Et vive Hymen ! Sous son empire On boit, on mange, on fait dodo; Puis... D'accord — mais le mot pour rire Est cependant pour Quévédo.
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