AU CARDINAL DU PERRON
JL 01 , dans le rang des cardinaux , Moi, sans titre au rang des profanes, Du Perron , pourquoi ile tes mânes Viens-je interrompre le repos.'
Pardonne ; j'ai l'ame un peu vaine D'avoir vu ton grand nom mêlé Dans ma famille Neustrienne ; Et puisqu'enfia j 'ai cette aubaine , J'aime assez qu'il en soit parlé.
Par un écart d'une autre espèce , Je t'écris sans trop savoir ou ; J'étois vain, je paroîtrai fou, J'aurai beau iiutlre sur l'adresse; Au flambtau de la chrétienté, Au grand maître de la parole, Au soutien de la papauté Et du moderne Capitole ; Les rayons de ton auréole Etincellent troj) loin de moi , Ma missive vaine et frivole Ne parviendra pas jusqu'à toi.
J ai cependant une espérance :
Lésâmes, dil-on, dans l'absence, Sans messager, sans aucun tiers, ■ Des bouts même de l'univers , Peuvent être eu correspondauce(i); Pourquoi d^ns un monde inconnu , Dans cette sj)lieie de silence D'oii rien enoor n'est revenu, N'aurois-tu pas l'intelligence De l'hommage qui t'est rendu , Et de ta défunte éminence Ne serois-je pas entendu.'
(r) Système des PLtouiciens.
JLEmh;rrf.. 2.
POÉSIES DIVERSES, Malgré la sévère science Où tu surpasses tes rivaux, Nous avons , plus que l'on ne pense , De points communs dans nos travau::^ Oui, ton génie, auguste litre Au dessus du cardinalat, Et qui te lit le digne arbitre De 2^1 us d'un célèbre débat , Ton éloquence au consistoii-e , Pour obtenir de Paul jaloux Le pardon d'un prince , entre nous , Absous déjà par la victoire ; C'est par Jà que tu tiens aux goûts Sur qui je A'eux ioader ma gloire ; Quand ton génie ultramontaiu Avec Mornay lutte et s'exerce.
Nul ne tient plus ferme en sa main La lance de la controverse :
Mais tu sus chercher d autres prix ; Et de l'areue scholastique Par intervalle lu sortis Pour respirer l'air poétique; Trois lyres sur ton écusson , Qu'on frappa sans doute au Parnasse , Piouvent assez que dans ta race On voyageoit sur l'Hélicon.
Aussi, quoiqu'avec moins de grâce, Moius de cadence que Beruis, Tu jiiuças de tes doigts bénis Le luth iiarmonieux d'Horace ; Tu sus du moins chérir son art Même au pays de nos derviches ,
POÉSIES DIVERSES. i ij
ï)édaignant le peupte cafard.
Ses mueurs et ses vertus postiches ; Et tu Ils bien, parle sans fard; Conviens que le controversiste, Sous un ciel toujours assez triste , Est resserré par le terrain :
Qu'il s'agite à la même place, Et fait dans un étroit espace Bien plus de pas que de chemin.
Le poêle avec moins de peine S'élatice dans dé vastes champs , Et deux coursiers sont différents , L'un au manège et l'autre eu plaine. Cet art des vers, qui, de ton temps, Débile encore et sans élans, ■ Se traînoit presque dans l'enfance :
Cet art qui , parmi tes travaux , Te consoloit de l'émineuce, Me sert d'étude et d'existence, Et ne servoit qu'à ton repos.
Mais ne crois pas mes sons frivoles , Ni qu'ils se perdent dans les airs, Si j aime à moduler des airs; Sur ces airs je mets des paroles.
Le vrai poète né penseur Au pliilosophe n'en doit guère; Eloquent abréviateur, Il jette par traits la lumière ; Animé du feu qu'il reçut, Il devine ce qu'il ignore ; Il prend son vol , il est au but, Loisque l'autre calcule encore.