‹ Œuvres choisiesChapitre 59 sur 244 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

De l'austère équité de son vertueux père ? Est-ce ainsi que Rodolph nous a jadis traités? Nos droits, tant qu'il vécut , furent tous res^ieotés : La liberté , tranquille au pied de nos montagnes, De ses rustiques mains cultivoit nos campagnes ; Et sans craindre de voir, dans nos fertiles cliamj)s, Tous nos fruits moissonnés p;ir la faux destyrans , L'abondance avec nous habitoit nos asiles , Et la félicité descendoit sur nos villes. Albert a tout détruit par son orgueil jaloux, Sans songer que son père étoit né parmi nous; Et que , si dans l'Autriche Albert reçut la vie , La Suisse étoit toujours sa [uemiere patrie. Mais , si nous baissons ce prince impérieux, Combien son émissaire est-il pins odieux .' Eb ! comment endurer que dans un rang précaire On affecte , on exerce un pouvoir arbitraire ? Comment souffrir un homme ambitieux et vain , Qui de vi] courtisan s'érige en souverain; Qui, sans cesse abusant du pouvoir qu'on lui laisse, Montre son insolence autant que sa bassesse , Esclave intéressé de l'Autriche qu'il sert , Le tyran des cantons et le flatteur d'Albert? Il est temps, mes amis , de sortir d'esclavage : Ensemble il faut venger notre commun outrage; Tous les autres partis seroieut en vain tentés. Je l'avois bien prévu que tous nos députés , N'obtenant rien d'Albert contre sa créature , Ne nous rapporteroient qu'une nouvelle injure,- De nos antiques mœurs la sauvage àpieté, Le nerf de nos vertus , fruit de la pauvreté , Nous ont fait dédaigner, nous ont fait mrconn.nilre D'un ])euplc ami du luxe, et qui vit sous un mailie. C'en est trop : les humains nés libres , nés égaux. N'ont de joug à porter que celui des travaux. Amis, que parmi nous la valeur rétablisse

Les droits de la nature et riiouneur de la Suisse. Avec les maux publics dont le poids est sur nous , Vuiis souffrez d'autres maux qui ne sont que pour

viius :

Envers toi, cher Melchlal, Gessler fut un barbare, Albert, envers nous tous, un ravisseur avare : Jurons tous que la nuit tombant sur ces hameaux N'aura point de ce chêne obscurci les rameaux. Qu'à vos vaillantes mains la mienne réunie jN'ait de nos trois cantons chassé la tyrannie. Protège, dieu puissant , un j)euple vertueux. Un peuple né vaillant sans être ambitieux. Qui hors de ses rochers peu jaloux, de s'étendre , Ne veut point conquérir, mais ne veut point dépendre, .le jure , mes amis , le premier dans vos mains , De verser tout mou saog pour changer nos destins.

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