SCENE III
TELL, CLÈOIË.
cléofé.
Pourquoi vous séparer? par quelle défiance ]\'osez-vous donc ici parler en ma présence?
J'épargne à ton repos des discours iniporiuus , ])e trisles entretiens sur nos malheurs communs. Eh ! que te serviroit le récit de nos craintts , Les cris des mécontents, et d'inutiles j)laintes Sur le joug odieux à ce peuple imposé, Et qui depuis long-temps devroit être brisé? Vous pouvez justement à nos foiblesconrapes, Autant qu'aux oppresseurs , reprocher vos outrages ; Mais des maux de l'iitatque du moins sous vos toits La paix de la famille adoucisse le poids. Goûtez sans trouble au moins ces charmes domestiques , En entendant gronder les tempêtes publiques.... Quittons ces lieux.
Arrête , et de veiller sur nous , De nous tant protéger, montre-toi moins jaloux. Vous le voyez assez, le désastre ou "vous êtes N'est l'ouvrage du sort , ni le fruit des défaites C'est l'esprit général une fois relâché, Le soutien étranger que ce peuple a cherché , Qui seuls ont de l'Etat renversé la fortune; Lorsque l'Etat périt c'est la faute commune. Et s'il est un remède, il doit venir de tous.
TELL
Eh ! pouvons-nous jamais nous séparer de vous .'
:o GUILLAUME TELL.
Pourquoi donc affecter avec moi ce mystère , l.t te cacher de moi comme d'une étrangère? Que les femmes ailleurs dans l'Etat soient sans voix, Qu'ailleurs leur ascendant fasse taire les lois, Où les mœurs ne sont rien, il n'est rien qui surprenne ; Mais chacune de nous est ici citoyenne , Chacune, toujours lihre et partageant vos droits , En cultivant ses champs , s'occupe de ses lois : Et si dans vos conseils , si dans vos assemblées , Vos femmes avec vous ne sont point appelées , Ah .' saus doute ce fut le chef-d'œuvre des mœurs , Qu'on ait cru que l'hymen , que l'union des cœurs , Dans voire volonté ne montrant que la uôtre, Ce qu'un sexe décide est consenti par l'autre ; Si c'est sous votre garde et par vos soins guerriers Que nous vivons en paix au sein de nos foyers, Le soin de nos enfants étant ce qui nous touche , Les premières leçons sortent de notre bouche ; C'est nous qui de nos lois leur inspirons l'amour, L'esprit (ju'à vos conseils ils porteront un jour. Et des lieux où jamais nous ne serions comptées, Il nous faudroit attendre, en esclaves traitées , L'impérieux décret que vous auriez porté! Non , dès que votre orgueil agit d'autorité , Plus de devoir pour nous , et la loi ne nous lie Qu'autant qu'elle est par nous reçue et consentie. Tu parles de tyrans, que nous importe à nous D'être esclaves par eux ou de l'être j)ar vous?
Nous , vys tyrans .' ah ! dieu ! cette loi qu'on déteste , Cette loi du plus fort, ce droit lâche et funeste. Par qui dans les cités tout ordre est perverti. Sur vos têtes par nous seroit appesanti .' Dans une république où la liberté chère