SUR RONSARD XXI
Jà la nappe estoit mise, et la table garnie Se bordoit d'une saincte et docte compagnie, Quand deux ou trois ensemble en riant ont poussé Le père du troupeau à long poil hérissé : Il venoit à grands pas, ayant la barbe peinte, D'un chapelet de fleurs la teste il avoit ceinte, Le bouquet sur l'oreille, et bien fier se sentoit Dequoy telle jeunesse ainsi le presentoit : Puis il fut rejeté pour chose méprisée Après qu'il eut servy d'une longue risée, Et non sacrifié, comme tu dis, menteur. De telle faulse bourde impudent inventeur. *
La nouvelle école une fois maîtresse sur la scène et dans tous les genres de poésie, la gloire du chef fut imjnense et ne souffrit plus de contestation. Ce ne fut qu'cà roccasion du Discours sur les misères du temps que quelques voix anières et discordantes vinrent se mêler au concert unanime de louanges qui environnait Ronsard. On peut rapporter cette querelle à Tannée 1563 environ. Les calvinistes, adversaires de Ronsard, n'osant nier son génie, lui reprochèrent d'être prêtre, d'être athée et de mener une vie licencieuse.^ En répondant à leurs attaques, le poète a donné de curieux renseignements sur luimême.
' Réponse à quelque Ministre. — V. éd. P. Bl., t. VII, p. lll.
« La conduite de Ronsard à l'égard des huguenots lui fit bien des ennemis, et il eut à ce propos toute une • émeute littéraire à reprimer : ce fut la seule durant son long règne. Dans l'opuscule intitulé de L'État réel de la Presse et des Pamphlets depuis François /<"■ ju&qiCà Louis XIV, par M. Leber (Techener, 1834), on lit (page 89) une pièce virulente en style de prose d'église contre notre poète : Prosa Magistri nostri Nicolai Mallarii gomorrhcei sorbonici, ad M. Petrum Monsardum