DES VERS COMMUNS
Les vers communs sont de dix à onze syllabes, les masculins de dix, les fœminins d'onze, et ont sur la qualriesme syllabe leur repos ou reprise d'haleine, ainsi que les vers alexandrins sur la fin des six premières syllabes. Or comme les alexandrins sont propres pour les sujets héroïques, ceux-cy sont proprement naiz pour les amours, bien que les vers alexandrins reçoivent quelquefois un suject amoureux, et mesmement en Elégies et Eclogues, où ils ont assez bonne grâce, quand ils sont bien composez. Exemple des vers communs masculins :
Heureux le roy qui craint d'otîenser Dieu.
1 Non seulement le potier jalouse le potier et le charpenlier son confrère, mais missi le poète jalouse le poète.
- Cet alinéa, ajouté en 1573, a été retranché dans les éditions posthumes.
Exemple du fœminin :
Pour ne dormir j'allume la bougie.
Telle manière de carmes ont esté fort usitez entre les vieux poètes françois ; je te conseille de t'y amuser quelque peu de temps avant de passer aux alexandrins. Sur toute chose je te veux bien advertir, s'il est possible (car tousjours on ne fait pas ce qu'on propose) ,que les quatre premières syllabes du vers commun ou les six premières des alexandrins soient façonnées d'un sens aucunement parfait, sans l'emprunter du mot suivant. Exemple du sens parfait:
Jeune beauté maistresse de ma vie.
Exemple du vers qui a le sens imparfait :
L'homme qui a esté dessus la mer.