XXX NOTICE
« Regarde le prince des poètes frauçois : il sera beau, bien fait et de bonne mine ; il s'appellera Ronsard ; sa naissance sera noble ; il sera extraordinairemeut estimé, et méritera de l'être en son temps. Il sera même assez savant ; mais, comme il sera le premier en France qui entreprendra de vouloir faire de beaux vers, il ne pourra donner à ses ouvrages la perfection nécessaire pour être loués longtemps. On connoitra pourtant bien toujours par quelques-unes de ses hymnes que la nature lui aura beaucoup donné, et qu'il aura mérité sa réputation. Sa fortune ne sera pas mauvaise, et il mourra sans être pauvre. »
Guillaume Colletet , en son temps , adressa aux mânes de Ronsard le sonnet que voici :
Afin de témoigner à la postérité Que je fus en mon temps partisan de ta gloire, Malgré ces ignorans de qui la bouche noire Blasphème impudemment contre ta déité,
Je viens rendre à ton nom ce qu'il a mérité, Belle Ame de Ronsard, dont la sainte mémoire Obtenant sur le temps une heureuse victoire, Ne bornera son cours que de l'Éternité.
Attendant que le ciel mes desseins favorise, Que je te puisse voir dans les plaines d'Élyse, Ne t'ayant jamais vu qu'en tes doctes écrits :
Belle Ame, qu'Apollon ses faveurs me refuse, Si, marchant sur les pas des plus rares esprits, Je n'adore toujours les fureurs, de ta Muse !
La réputation de Ronsard parait s'être soutenue plus longtemps chez les étrangers qu'en France. Le savant Scipion Maffei a loué ce poète à une époque