‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 97 sur 135 · MARGOT · texte numérisé non relu

MARGOT

Je metLray, pour celuy qui gaignera le prix, Un merle qu'à la glus en nos forests je pris : Puis vous diray comment il fut serf de ma cage, Et comme il oublia son naturel ramage.

Un jour en l'escoutant siffler dedans ce bois Jeu plaisir de son vol et plaisir de sa vois, Et de sa robbe noire, et de son bec qui semble Estre plein de safran, tant jaune il lui ressemble : Et pource j'espiay l'endroit où il buvoit, Quand au plus chaud du jour ses plumes il lavoit.

Or en semant le bord de vergettes gluées,

Où les premières eaux du vent sont remuées,

Je me cachay sous l'herbe au pied d'un arbrisseau,

Attendant que la soif feroit venir l'oiseau.

Aussi lost que le chaud eut la terre enflammée,

Et que les bois fueilluz, hérissez de ramée,

N'empeschoient que l'ardeur des rayons les plus chaux

Ne vinssent altérer le cœur des animaux.

Ce merle ouvrant la gorge, et laissant l'aile pendre,

Matté d'ardaute soif, en volant vint descendre

Dessus le bord glué, et comme il allongeoit

Le col pour s'abreuver (pauvret qui ne songeoit Qu'à prendre son plaisir!) se voit outre eoustume Engluer tout le col et puis toute la plume, Si bien qu'il ne faisoit, en lieu de s'envoler, Si non à petits bonds sur le bord sauteler. Incontinent je cours, et prompte luy desrobbe Sa douce liberté, le cachant sous ma robbe : Puis repliant d'osier un petit labyrint, Pour son buisson natal prisonnier il devint De ma cage, et depuis, lust le soleil sous l'onde, Fust qu'il monstrast au jour sa belle tresse blonde, Fust au plus chaud midy, alors que nos troupeaux Estoient eu remaschant couchez sous les ormeaux, Si bien je le veillai parlant à sou aureille, Qu'eu monis de quinze jours il fut une merveille; Et luy fis oublier sa ru3Li({ue chanson. Pour retenir par cœur mainte belle leçon. Toute pleine d'amour : j'ay souvenance d'une. Bien que l'invention en soit assez commune, Je la diray pourtant : car par là se verra Si l'oiseau sera cher à celuy qui l'aura.

«Xandrin, mon doux soucy, mon œillet, et ma rose, Qui peux de mes troupeaux et de moy disposer, Le soleil tous les soirs dedans l'eau se repose ! Mais Margot pour t'amour ne sçauroit reposer. »

Il eu sçait mille encore et mille de plus belles Qu'il eseoute eu ces bois chanter aux pastourelles : Car il apprend par cœur tout cela qu'il entend, Et bien qu'il me soit cher, je le gage pourtant. ^

• Éd. P. b\., t. IV, p. 9.

Il est inutile, ce nous semble, de retracer aux amateurs de la vraie poésie tout ce qu'il y a de vivement descriptif et d'heureusement pittoresque dans les gracieux tableaux qu'ils viennent de parcourir. Cette coupe de buis, cette houlette de frêne, ce merle pris aux gluaux, sont retracés aux yeux avec un relief d'expressions et une vérité de couleurs dont notre poésie a trop vite désappris l'usage. La pruderie est venue avec le beau siècle, et l'on n'a plus osé nommer chaque chose par son nom. Il n'y a que Molière et La Fontaine qui aient gardé leur franc parler; mais on a dit de Molière qu'il écrivait trop pour le peuple, ou même qn'il écrivait mal! et quant à Vinimilable bonhomme, on se serait fait un scrupule de l'imiter en ce qu'on appelait ses aimables négligences. Le système de la périphrase a donc prévalu, et notre instrument poétique s'est perverti. Tous les efforts de l'école moderne tendent aujourd'hui à ramener l'art à la vérilé. C'est plaisir et triomphe pour elle de retrouver chez les vieux des exemples naïfs de ses doctrines. Ronsard en abonde, et par ce côté, surtout, il mérite réparation auprès de la postérité. La permission de tout nommer en vers a plus d'importance que certaines personnes ne pourraient le croire au premier abord. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple évident, dans une langue poétique où il sera défendu de ciseler un gobelet et de tailler une houlette, comme l'a fait Ronsard, jamais un Schiller ne composera son admirable poème de la Cloche ; et si l'un des ornements de la jeune école, M. Emile Deschamps, a pu merveilleusement traduire un tel poème, c'est qu'il ne s'est pas emprisonné dans cette langue d'exclusion et de convention.

LES PASTEURS ALUYOT ET FRESNET'

ALUYOT

Paissez, douces brebis, paissez ceste herbe tendre,

Ne pardonnez aux fleurs : vous n'en sçauriez tant prendre

Par l'espace d'un jour, que la nuit ensuyvant

Humide n'en produise autant qu'auparavant.

De là vous deviendrez plus grasses et plus belles,

L'abondance de laict enflera vos mammelles,

Et suffirez assez pour nourrir vos aigneaux,

Et pour faire en tout temps des fromages nouveaux.

Et toy, mon chien Harpaut, seure et fidelle garde De mon troupeau camus, levé l'œil et preu garde Que je ne sois pillé par les loups d'alentour. Cependant qu'en ce bois je me plaiudray d'Amour. Or sus, mon Aluyot, allon, je te supplie, Soulager en chantant le soin qui nous ennuyé, Allon chercher le frais de cet antre moussu, Creusé dedans le flanc de ce tertre bossu : Et là, nous souvenans de nos chères amies, Qui sont de nos langueurs doucement ennemies. Tous deux en devisant par ordre nous dirons Nos plaintes aux rochers qui sont aux environs. Afin que quelque veut rapporte à leurs aureilles Los soucis que nous font leurs beautez nompareilles

Nous sommes arrivez dedans l'antre sacré : Je m'en vay le premier fs'ainsi te vient à gré)

• Ces pasteurs représentent MM. d'Aluye el de Fresne, conseillers d'État.

Te chanter ma complainte : ayant oiiy la mienne, Secondant ma douleur, tu me diras la tienne.

FRESNET

C'est grand cas que d'aimer ! une amoureuse playe Ne se guarist jamais pour chose qu'on essaye : Plus on la veut garir, et plus le souvenir La fait tousjours plus vive en nos cœurs revenir.

J'ay beau me promener au travers d'un bocage, J'ay beau paistre mes bœufs le long d'un beau rivage, J'ay beau voir le printemps, ame des arbrisseaux, Ouir les rossignols, gazouiller les ruisseaux, Et voir entre les fleurs par les herbes menues Sauter les aiguelets sous leurs mères cornues, Voir les boucs se choquer, et tout le long du jour Voir les béliers jaloux se battre pour l'amour.

Ce plaisir toutefois, non plus ne me contente,

Que si du froid hiver la sifflante tourmente

Avoit terni les champs, et en mille façons

Rué dessus les fleurs la neige et les glaçons,

Et que le sainct troupeau de cent nymphes compaignes

Ne vinssent plus de nuict danser en nos montaignes.

Bien que mon parc foisonne en vaches et taureaux, Et que sous ma faveur vivent cent pastoureaux Qui sçavent tous jouer des douces cornemuses, Les mignons d'Apollon, de Mercure et des Muses; Bien que mon doux flageol, sur tous le mieux appris. Quand il me plaist chanter, seul emporte le prix ; 'Bien qu'en nulle saison le doux laict ne me faille ;

EGI. OGUES 235

L'une part devient cresnie et l'avitre part se caille, L'autre devient fromage, un mol, l'autre seiche, Le mol est pour manger, le sec pour le marché ;

Et bien que mes brebis ne soient jamais brehaignes,^ Bien que mille troupeaux beslent par mes campaignes, Je voudrois n'avoir rien, Marion, sinon toy Que je voudrois pour femme eu mon antre chez moy, Et parmi les forests, loin d'honneur et d'envie, User en te baisant le reste de ma vie.

L'orage est dangereux aux herbes et aux fleurs, La froideur de l'automne aux raisins qui sont meurs, Les vents aux bleds de may : mais l'absence amoureuse A- l'amant qui espère est tousjours dangereuse.

J'ai pour maison un antre eu un rocher ouveit, De lambrunche sauvage et d'hierre^ couvert. Qui deçà qui delà leurs grands branches espaudeul, Et droit sur le milieu de la porte les pendent.

Un meslier nouailleux' ombrage le portail,

Où sans crainte du chaud remasche mon bestail :

Du pied naist un ruisseau dont le bruit délectable

S'enroue entre-cassé de cailloux et du sable,

Puis, au travers d'un pré serpentant de maint tour,

Arrouse doucement le lieu de mon séjour.

De là tu pourras voir Paris la grande ville,

Où de mes pastoureaux la brigade gentille

Porte vendre au marché ce dont je n'ay besoing,

Et tousjours argent frais leur sonne dans le poing.

' Brehaigne, stérile.

* Hierre, lierre.

' Meslier^ arbre qui porte la nèfle. — Nouailleux, noueux.

236 ÉGLOGUÈS

Là s'il te plaist venir tu seras la maistresse; Tu me seras mon tout, ma nymphe et ma déesse; Nous vivrons et mourrons ensemble, et tous les jours, Vieillissans nous verrous rajeunir nos amours. Tous deux nous estendrons dessous un mesme ombrage, Tous deux nous mènerons nos bœufs en pasturage Dès la poincte du jour, les ramenant au soir Quand le soleil tombant en l'eau se laisse choir : Tous deux les mènerons quand le soleil se couche : Et quand de bon matin il sort hors de sa couche, A toute heure en tous lieux ensemble nous irons, Et dessous mesme loge ensemble dormirons. Puis au plus chaud du jour estans couchez à l'ombre, Après avoir conté de nos troupeaux le nombre, Pour chasser le sommeil je diray des chansons Que pour toy je compose en diverses façons.

Alors toy doucement sur mes genoux assise, Maintenant tu ferois d'une douce feintise Semblant de sommeiller, maintenant tu ferois Semblant de t'eveiller, puis tu me baiserois. Et presserois mon col de tes bras en la sorte Qu'un orme est enlacé d'une vigne bien forte : Maintenant tu romprois mon chaut de ton baiser, Maintenant tu voudrois ton ardeur aj)paiser En m'ostant le flageol hors de la lèvre mienne, Pour y mettre en son lieu le coural de la tienne, Puis me rebaiserois, et me voulant flater, Tu voudrois quelquefois avecque moy chanter. Quelquefois toute seule et comme languissante Je le verrois mourir en mes bras palissante, Puis te resusciter, puis me faire mourir, Puis d'un petit souris me venir secourir.

ÉGLOGUBS 237

Puis en mille façons de tes lèvres vermeilles Me resuccer les yeux, la bouche et les aureilles, Et coup sur coup jetter des pommes sur mon sein, Oue j'aurois et d'œillels et de roses tout plein. Pour rejetter au tien qui maintenant pommelle Comme fait au printemps une pomme nouvelle ; Sein où logeoit Amour, qui le trait me tira Au cœur, qui autre nom depuis ne souspira Que le tien, Marion : tesmoin en est ce chesne, Où ces vers l'autre jour j'engravay d'une alesne :

« Les ondes reluiront contremout les ruisseaux, Sans fueilles au printemps seront les arbrisseaux, Venus sera sans torche, et Amour sans sagette, Quand le pasteur Fresnet oublira Mariette. »

Sus, troupeau, deslogeon, j'ay d'esclisse et d'osier, Achevant ma chanson, achevé mou panier.

Voici la nuit qui vient, il me faut mener boire Mon grand bouc escorné qui a la barbe noire.

Or adieu, Marion, ma chanson et le jour :

Le jour me laisse bien, mais non pas ton amour.

Ainsi disoit Fresnet : Aluyot, au contraire, Pour l'amour de sa dame une chanson va faire.

ALUYOT

Ma Janette, mon cœur, dont je n'ose approcher Tant les yeux sont ardans, plus polie à toucher Que la plume d'un cygne, et plus frescheet plus belle Que n'est au mois d'avril une rose nouvelle ; Plus douce que le miel, plus blanche que le lait. Plus vermeille eu couleur que le teint d'un œillet ;

EGLOGUES

Voicy (il m'en souvient) le mois et la journée

(0 douce souvenance, heureuse et fortunée!)

Où premier je te vey peigner tes beaux cheveux,

Ainçois filets dorez, mes liens et mes nœuds :

Je vy desa main propre Amour les mettre en ordre,

Et filet à filet eu deux tresses les tordre :

J'en coupay les plus blonds et les plus crespelets

Les tournant en cordons j'en fis des brasselets

Que je porte à mes bras, signe que tu tiens prise

En tes crespes cheveux mon cœur et ma franchise :

Je les garde bien cher, car en nulle saison

Je ne veux eschapper de si belle prison.

Mainte fille en voyant ma face jeune et tendre,

Où la barbe commence encores à s'estendre,

M'a choisi pour amy : hier mesme Margot

Qui fait sauter ses bœufs au son du larigot,*

(Tu la cognois, Janette), envoya Jaqueline

Vers moy, pour me donner de sa part un beau cygne,

Et me dist : « Geste-là qui te donne cecy,

Avecque son présent à toy se donne aussi :

Pren son présent et elle ; assez elle mérita,

Ayant les yeux si beaux, d'estre ta favorite. »

Mais je la refusay : car pluslost que d'aimer Autre que toy^ mon cœur, douce sera la mer, Le doux miel coulera de Tescorce d'un fresne, Et les roses Cioistront sur les branches d'un chesne, Les buissons porteront les œillets rougissans. Et les halliers ronce ux les beaux lis blanchi ssans. D'autant que du printemps la plaisante verdure Est plus douce aux troupeaux que la triste froidure, 1) 'autant qu'un arbre euté rend un jardin plus beau

' Larigot, fifre.

Que le tige espineux d'un rude sauvageau, D'autant qu'un olivier surpasse en la campagne D'un saule pallissant la perruque brehagne, Et d'autant qu'au matin la belle aube qui luit Surmoute de clarté les ombres de la nuict ; D'autant, ma Janeton, dessur toute pucelle Tu semblés à mes yeux plus gentille et plus belle : Ces houx m'en sont lesmoius, et ces pins que tu vois Surmonter en hauteur la cyme de ces bois, Où m'esbatant un jour j'engravay sur l'escorce D'un chesne non ridé cest epigramme à force :

« Quand Al uyot vivra sans aimer Janeton, « Le bouc se vestira de la peau d'un mouton, « Et le mouton prendra la robbe d'une chèvre, « Et aura comme un bouc barbe dessous la levrc. »

J'ai l'ame toute esmeue et le cœur tout ravi, Quand je pense en ce jour, où premier je te vy Porter un beau panier, ainsi qu'une bergère, Allant cueillir des fleurs au jardin de ma mère : Si tost que je te vy, si tost je fu deçeu. Je me perdi moy-mesme, et depuis je n'ay sçeu Soulager ma douleur ; tant l'amoureuse flame Descendant jusqu'au cœur m'avoit embrasé 1 ame» Tu avois tes cheveux sans ordre desliez, Frisez, crespez, retors, primes* et déliez, Gomme filets de soye ; et de houpes garnie Te pendoit aUx talons ta belle souquenie. - Ta sœuralloit après, jallois api-ès aussi î Et comme je voulois te conler mon souci,

' Primes, jeunes, noUveauii comme plus loin p. 24G : C'est une prime fleur, etc. (L. M.) ' Souquenie, espèce de jupe.

Las! je m'esvanouy, et l'amoureux martyre

Qui me piessoit le cœur ne me laissa rien dire.

A la fin revenu de telle pasmoison,

Le bouillant appétit surmonta la raison,

Je te contay mon mal : mais toy sans estre attainle

De ma triste douleur te moquas de ma plainte.

Or comme tu cueillois une fleur de la main,

Par feintise, un bouquet te tomba de ton sein

(Où mainte fleur esloit l'une à l'autre arrengée)

Lié de tes cheveux et de soye orengée :

Je l'amasse et l'attache au bord de mon chapeau,

Et bien qu'il soit fany, tousjours me semble beau,

Comme ayant la couleur de ma face blesmie,

Qui maugré mon printemps se flestrist pour m'amie.

Ainsi que je pleurois pour mon mal appaiser. Tu sautes à mon col me donnant un baiser : Ha je meurs quand j'y pense! et de ta bouche pleine De roses, me versas en l'ame ton haleine. Ce doux baiser passa (dont j'ay vescu depuis) Soudain de nerfs en nerfs, de conduis en conduis, De veine en veine après, de mouelle en mouelle, M'allumant tout le sang d"une chaleur nouvelle : Si bien qu'en toutes pars, en toute place et lieux, J'ai tousjours ton baiser au devant de mes yeux ; J'en sens tousjours l'haleine, et, depuis, ma musette N'a peu chanter sinon le baiser de Janette.

Douce est du rossignol la rustique chanson.

Et celle du linot et celle du pinçon ;

Doux est d'un clair ruisseau le sautelant murmure;

Bien doux est le sommeil sur la jeune verdure ;

Mais plus douce est ma flûte, et les vers que de toy

Je chante, dessous l'ombre assise auprès de moy. J'oy tousjours dans mon antre une belle fontaine; De roses est mon lict; ma place est toute pleine De toisons de brebis, que le vent fit broncher L'autre jour contre bas du faiste d'un rocher.

De l'ardeur du soleil autant je me soucie, Qu'un amant enchanté des beautez de s'amie Se soucie d'ouir son père le tanser, Car Amour ne le fait qu'en sa dame penser. Autant qu'on peut songer en dormant de richesses, Autant j'ay de. troupeaux : sur leurs toisons espesses En hyver je m'endors, sans me donner esmoy Du froid, car la froideur ne vient pas jusqu'à moy.

Mais cependant qu'en vain je chante ma Janette, Vesper reluit au ciel d'une clarté brunette ; Le temps coule si tost que je ne le sens point; Le soleil est couché : mais l'ardeur qui me poingt Ne se couche jamais, et jamais ne s'alente, Donnant trêve à mon cœur, tant elle est violente.

Remède contre Amour je ne sçaurois trouver, "Voire eussé-je avallé tous les torrens d'hyver, Et beu tous les glaçous des montaignes Rifées, Tant j'ay de sa chaleur les veines eschaufées. Je ne puis qu'en chantant ma douleur contenter : Par la langue mon cœur peut son mal enchanter,

La cigale se plaist du chant de la cigale, Et pasteur j'aime bien la chanson pastorale : L'aigneau suit l'herbe courte, et le doux chevrefeuil Est suivi de la chèvre, et le bois du chevreuil : Chacun suit son désir, et j'aime ma musette

Pour y chanter dessus les amours de Janette.

Or adieu, Janeton, le jour et ma chanson :

D'un ruisseau murmurant si plaisant n'est le son,

Le sommeil n'est si doux, ny les tendres fleurettes

Du printemps ne sont point si douces aux avcttes,

Que les vers me sont doux, voire autant que tes yeux

Qui font tousjours Amour de moy victorieux.*

Cette piè<;e est nourrie de réminiscences et d'imitations de Virgile ; nous ne rappellerons que la plus charmante de toutes :

Sepibus in nostris parvam te roscida mala (Dux ego vester eram) vidi cum matre legentem; Aller ab undecimo tum me jam ceperat annus, Et fragiles poteram terra contingere rainos ; Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error !

Ronsard a développé cette scène de premier amour dans les vers, Tay l'ame ioiUe esmeiie, etc.

Toutes les églogues de Ronsard se ressemblent, soit par le dessin général, soil parles images de détail. Ce sont presque toujours deux bergers qui, assis à rentrée d'une grotte, se disputent le prix du chant ; ils commencent par décrire les gages qu'ils déposent ; puis vient le chant alternatif, qui d'ordinaire déplore quelque trépas illustre ou qui célèbre quelque royal hy menée : après quoi, le juge du combat laisse la victoire indécise et commande aux rivaux d'échanger leurs gages. Telle est en particulier l'églogue sicr les noces de uonsei gneiir Charles, duc de Lorraine, ei de madame Clavde, fille dît roi Henri II. Les bergers Bellot et Perrol représentent Du-^ bellay et Ronsard, et l'arbitre Michau n'est autre que

« Éd. P. Bl., t. IV, p. ko

ÉGLOGXIES 243

Michel de l'Hospital. Nous donnerons presque entière cette églogue, qui ne cède en rien aux précédentes, mais qui leur ressemble un peu trop.

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