PERROT
Mon Bellot, il est vray que les pasteurs d'ici
M'estiment bon poëLe, et je le suis aussi ;
Mais non tel qu'est Michau ou Lancelot^ qui sonne
Si bien de la musette aux rives de Garonne;
Et mon chant au prix d'eux est pareil au pinçon,
Qui veut du rossignol imiter la chanson.
Toutefois, mon Bellot, je ne te veux desdire :
Si tu es bon Thyrsis, je seray bon Tityre.
Commence, je n'ay point le courage failli :
L'assailleur bien souvent vaut moins que l'assailli.
Il faut pour le vainqueur que nous mettions un gage : Quant à moy, pour le prix je dépose une cage Que je fis l'autre jour voyant paistre mes bœufs, Devisant à Thoinet- qui s'egalle à nous deux.
' Lancelot, c'est Lancelot Caries, célèbre poète laiin du temps. * Thoinet, Jean-Antoine do Baïf,
Les barreaux sont de til* , et la perchette blanche Qui traverse la cage est d'une coudre franche : De pelure de jonc j'ay tissu tout le bas : A l'un des quatre coings la coque d'un limas Pend d'un crin de cheval, voire de telle sorte Qu'on diroit à la voir qu'elle-mesrae se porte. J'ai creusé d'un sureau l'auge bien proprement, Et les quatre pilliers du petit bastiment Sont d'une grosse ronce en quatre parts fendue ; Et le cordon tressé duquel elle est pendue, Belin^ me l'a donné, houpé tout à l'entour Des couleurs qu'il gaigna de Catin l'autre jour. J'ai dedans prisonnière une jeune alouette, Quidesgoise si bien, qu'hier ma Cassandrette, Que j'aime plus que moy, m'en offrit un veau gras Au front déjà cornu, voire et si ne l'eut pas : Toutefois tu l'auras si tu as la victoire : Mais plustost que l'avoir, la nege sera noire.