‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 19 sur 74 · LE CASQUE · texte numérisé non relu

LE CASQUE

Dans les bras caressans de la belle déesse, Le dieu Mars languissoit brûlant et désarmé; Et, le front rayonnant de la plus douce ivresse. Il goiîtoit à longs traits le bonheur d'être aimé. Aux lèvres de Cypris son âme suspendue. Loin de ces jeux sanglans qui font couler nos pleurs, De transports en transports fugitive, éperdue, Se reposoit en paix sous des voûtes de fleurs. De folâtres Amours endossent son armure; D'autres, plus assidus autour de nos amans, Balancent sur leur tête un berceau de verdure, Leur ménagent l'abri de cent myrtes naissans.

LESBAISERS II

Et de leur fraîche haleine embaument la nature. Le ciel est plus serein, la lumière plus pure; L'air comme un feu subtil coule dans tous les sens, Et l'onde, cjui s'élève avec un doux murmure, Mêle son jet limpide aux festons du printemps.

Tout à coup la trompette sonne;

On appelle Mars aux combats.

Le tambour bat, et l'airain tonne;

La Victoire, une lance au bras,

Offre à l'immortel intrépide

Ses armes d'un acier brillant;

Son bouclier étincelant,

Où l'honneur, qui lui sert de guide.

Trace, en lettres de diamant.

Le nom de ce héros qui triompha d'Armide, Mars y lit son devoir et ne résiste plus; Des bras de la déesse avec peine il s'arrache; Mais dansson casque, où flotte uneffrayantpanache. Que trouve-t-il? le nid des oiseaux de Vénus. Leurs becs sont enlacés par le nœud le plus tendre ; Renfermantdans leurs cœurs tous lesfeuxdeCypris, De leur aile amoureuse ils couvrent leurs petits, Et contre Mars lui-même ils sauront les défendre.

Le dieu s'arrête et demeure enchanté.

Deux colombes sur lui remportent la victoire ;

Il leur sourit avec sérénité.

Et, sourd pour cette fois à la voix de la gloire.

12 LES BAISERS

Il se rejette, il tombe au sein de la beauté. Tous les Amours, par l'ordre de leur mère,

Ecartent la trompette et brisent les clairons; Les chants sinistres de la guerre Sont remplacés par des chansons, Et les plaisirs de deux pigeons

Retardent quelcpies jours les malheurs de la terre.

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